■ Giacomo Guidotti

Fragments de ville

« Quand tu construis un chemin, une étable, une maison, un quartier, pense toujours à la ville. » Affirmait Luigi Snozzi. Mais quelle ville peut-on imaginer ? Le Tessin d’aujourd’hui apparaît comme une vaste conurbation. Les bourgs traditionnels de Bellinzone ne croissent plus de manière concentrique, comme c’était le cas autrefois. Les limites entre bâti et non bâti s’estompent, et l’idée même de continuité urbaine est devenue obsolète dans ce territoire qui ne ressemble ni à la ville ni à la campagne.

Après s’être étendue sur la quasi-totalité du territoire disponible, et avoir rejoint la métropole lombarde au point d’en être presque devenue un quartier, la cité tessinoise se développe aujourd’hui en dedans. Les terrains libres sont occupés par de nouvelles installations, sans le moindre souci d’ordre ou de continuité. Les nouveaux bâtiments peinent à prendre place aux côtés de leurs aînés, dans les vieux centres, les zones artisanales ou agricoles.

Né en 1972, Giacomo Guidotti est diplômé de l’EPFL en 1997 avec le Professeur Patrick Berger. La même année, il fonde avec Riccarda Guidotti l’agence Guidotti Architetti, située à Monte Carasso, qui a reçu plusieurs prix et distinctions, et a participé à plusieurs expositions personnelles et collectives, en Suisse comme à l’étranger.

Giacomo Guidotti a été professeur invite à l’UCL, au séminaire international d’architecture WAVE organisé par l’IUAV, et enseigne actuellement à l’Académie d’Architecture de Mendrisio ainsi qu’à la Haute Ecole d’Ingénierie et d’Architecture de Fribourg. Il intervient également au séminaire international d’architecture de Monte Carasso fondé par Luigi Snozzi.

 

Plus d’information : Site de Giacomo Guidotti

 

 

 

■ CITA architectes

Habiter : Offrir des lieux pour tisser des liens

La mixité sociale, vœu pieux de nombreuses politiques, ne s’impose pas. Une alternative pour y parvenir consiste plutôt à proposer de la mixité spatiale.

C’est là l’une de nos préoccupations majeures : offrir des lieux pour tisser des liens afin d’assurer le vivre ensemble. Il s’agit alors d’éviter toute réponse spectaculaire, pour favoriser une attention particulière, bienveillante et sensible, au contexte, au déjà là, avec ses contraintes et ses potentialités, et exploiter délicatement les possibilités qu’offre tout projet d’architecture, en l’inscrivant avec justesse dans le paysage.

Il s’agit de répondre aux attentes et aux usages, d’offrir des références, d’ouvrir au partage tout en préservant les intimités, mais aussi de proposer des typologies contemporaines, en gardant à l’esprit la question cruciale de leur adaptation à l’évolution des codes et des modes d’habiter. Nous sommes attachés, enfin, à garantir à tous une urbanité forte, au sens citoyen de ce terme la politesse que donne l’usage du monde.

Depuis 1991, Olivier de Boismenu, Jean-Luc Boursignon, Denis Cronier, Pascal Lefebvre, Léo Legendre, Lucas Meister et Jean-Michel Veillerot constituent le groupe CITA Architectes dont la réflexion est orientée principalement autour de la question du projet d’habitat collectif et de son insertion dans la ville.

Plus d’information : Site de CITA Architectes

 

 

 

 

 

 

 

 

  ©CITA architectes

■ Laurent Tournié

Commencer Re Commencer

Je ne suis inspiré que par les choses de l’espace.
Au commencement, il faut une rencontre entre des fragments de réalité (site, client, budgets, délais) et un désir d’espaces. Le projet est le chemin qui transforme cette rencontre en une nouvelle réalité, c’est à dire de nouvelles lumières, que l’autre va habiter. Ne sachant dissocier le quoi du comment, je ne peux projeter que ce que je pense pouvoir bâtir. Commençant le projet, on en ignore tout. Puis, grâce à l’activité critique, on apprend à le connaître. Cela nécessite quelques bases théoriques, un peu de méthode et beaucoup d’intuition. On peut donc se tromper : combien de critiques savantes sur de fausses bonnes pistes ?
Parfois on fait de bons projets, parfois on les bâtit.
Bâtir, même peu mais bâtir.
Devenir un architecte.
Je voudrais bâtir des voûtes dont les surfaces transportent les lumières d’un espace sans contre jour. Je voudrais bâtir des espaces de silence que les laideurs de la ville contemporaine ne pourraient jamais atteindre. Je voudrais bâtir des logis suffisamment grands pour y permettre toutes sortes d’actions, avec de généreux espaces extérieurs protégés du soleil et de la pluie. Je voudrais bâtir dans un paysage merveilleux une maison cylindrique en pierres avec une seule baie. Je voudrais systématiquement bâtir avec des matériaux pérennes. Je voudrais bâtir avec des hommes et des femmes réveillés.
Au couvent de La Tourette, j’avais du tout recommencer. Si vite, si lentement. Toute école devrait n’être que cela : une trêve joyeuse.
Sans recommencement, pas de commencement.

Né en 1960, Laurent Tournié a fait ses études à l’école d’architecture de Toulouse et à Paris-Belleville, avec pour maîtres Henri Ciriani et Christian Devillers.
Lauréat de la bourse Delano and Aldrich/Emerson – AIA en 1989, et des Albums de la Jeune architecture 1990 (au sein de l’Atelier Philtre), il a fondé en 1998 l’Atelier d’Architecture Laurent Tournié – AALT sarl,
Parallèlement à sa pratique professionnelle, Laurent Tournié a enseigné le projet dans plusieurs établissements, dont l’ENSA de Montpellier, l’ENSA de Marseille, l’école de Louvain-La-Neuve, et l’ENSA de Toulouse où il est maître de conférence depuis 2002

Plus d’information : Site de l’Atelier D’architecture de Laurent Tournié

■ Emmanuelle & Laurent Beaudouin

L’Etre-ange

En évoquant le titre de cette conférence auprès d’un ami philosophe, il m’a dit : « c’est intéressant mais quel est le rapport avec l’architecture ? ». J’ai compris que je me suis laissé piéger par le plaisir des mots aux sens multiples. Effectivement, cela n’a rien à voir avec ce que l’on attend d’une conférence, et je m’en excuse. Il va falloir trouver une explication à ce jeu de mots, et je n’aime pas les explications.

Je me souviens de John Hejduk évoquant les anges, il en dessinait et réfléchissait à leur représentation en s’intéressant particulièrement à la transition entre la peau et les plumes, ce passage délicat où la peau se transforme en duvet. Les anges de ses dessins étaient présents dans l’étrange communauté qui habitait ses bâtiments. John Hejduk avait une grande connaissance de la littérature et du théâtre, il aimait en parler. Dans ses dessins et ses textes, il évoquait des rapports humains où se déroulaient parfois des drames ou des rites étranges. Ses « masques » – c’est ainsi qu’il nommait ses projets – étaient des scènes de théâtre, ses bâtiments des représentations symboliques de la tragédie humaine. On y trouve pêle-mêle, les Voûtes, des Images Mortes, des Chambres de Deuil, la Tour de la Trahison, celle des Sectes Révélées, la tombe d’Abel ou les Jardins de la Mort. Ses projets sont aussi des récits où ses anges étaient souvent déchus et quelquefois crucifiés. John Hejduk disait : « l’architecture est ce qui touche l’esprit, ce qui ne touche pas l’esprit est la construction ».

Alvaro Siza est aussi un dessinateur d’anges, les siens survolent les villes comme s’ils les regardaient du ciel, avec bienveillance. Ses anges semblent flotter sans peser, ils regardent sans intervenir, ils sont contemplatifs. Ils sont à la fois les spectateurs et peut-être les inventeurs d’un monde qui se dessine sous leurs yeux. Ils semblent être détachés et impartiaux. Ils ne représentent ni le bien ni le mal, ils sont à l’écoute d’un monde en train de se faire. Ils sont étranges et étrangers, ils regardent la scène à distance. Pourtant les anges de Siza ne sont pas les annonciateurs d’un monde à venir, et encore moins les gardiens. Ils en sont les architectes muets.

 

L’usure du monde

Le changement climatique, l’effondrement des populations animales et la dévastation des sites naturels constituent une menace sans précédent pour la civilisation. Nous en prenons conscience à un moment où l’affaiblissement de la puissance publique, l’érosion du savoir commun et l’individualisme – de l’habitat pavillonnaire à la livraison à domicile – semblent nous priver de la plupart de nos moyens d’action : l’horizon intellectuel, économique et politique du XXIe siècle est sombre.

Les bâtiments, dont la production et l’entretien représentent un tiers des émissions de gaz à effet de serre, participent d’un système productif prédateur, fondé sur l’obsolescence et la destruction. En quoi le projet architectural peut-il contribuer à le transformer, afin de transmettre aux générations à venir un monde vivable ? Dans l’état actuel des techniques, chaque piste envisageable implique un arbitrage en raison des inconvénients qui l’accompagnent. Celle de la décroissance compromet nos modes de consommation, mais surtout l’emploi, par lequel se finance la couverture sociale. Celles d’un « développement durable », ou d’une « croissance verte », font débat : ces notions sont-elles des oxymores, ou promettent-elles d’associer une augmentation du PIB à une baisse des émissions de CO2 ? La « transition écologique » peut-elle réconcilier capitalisme et respect du vivant, ou est-elle une illusion permettant de rallonger la vie d’un marché ravageur ? Les solutions, quelles qu’elles soient, sont-elles envisageables dans le cadre d’une marchandisation de tout – notamment des points carbones – que nous connaissons ? Et par quoi remplacer celle-ci ?

Est-il suffisant pour les architectes d’adopter des matériaux bio- ou géo-sourcés ? Poser la question c’est y répondre, mais que faire de plus ? L’architecture peut-elle inspirer une perspective à l’échelle de la société, réunissant un faisceau de réponses d’ordre politique, social, économique et environnementale, ou est-elle cantonnée à un statut accessoire, une production de plus dans le paysage culturel ?

Art des formes que se donne une société, le projet architectural s’est de tout temps inspiré des contraintes pour offrir bien plus qu’une solution à un problème. Cette dynamique, qui a été à l’œuvre notamment dans l’Antiquité romaine et à l’Époque moderne, dont le siècle dernier nous a laissé d’insignes exemples, n’appartient pas qu’au passé. Elle se manifestera à nouveau pour renouveler une intelligence du fait architectural et urbain au service non seulement d’une certaine idée du progrès, comme il était question hier, mais d’une planche de salut pour l’humanité. Toutefois, rien n’est possible si le projet de société – à supposer qu’il existe – demeure à ce point disjoint de ceux qui ont pour objet les lieux que nous habitons. C’est la raison pour laquelle nous accueillerons, au cours de ces deux journées de débats, des personnalités du monde politique et scientifique, mais aussi des architectes et des chercheurs.

 

En partenariat avec le CNRS, Savoirs artistiques et traités d’arts 

Avec le soutien du mécénat de la Caisse des Dépôts 

Conception de l’affiche : Manuel Marsoudet et Maxime Marois

 

 

Parole à Alain Supiot

« On lie les bœufs par les cornes et les hommes par les paroles ». Ce vieil adage juridique s’applique à la Cité qui, à la différence de la Ville, ne désigne pas un regroupement de population sur un territoire donné, mais l’association de citoyens sous l’égide d’une loi commune. Cette citoyenneté peut s’exercer à des échelles variées — depuis la commune jusqu’au monde entier, mais repose toujours sur divers types d’ « assemblées de paroles », qui servent à accorder les citoyens sur une juste représentation de ce qui est et de ce qui doit être. Encore faut-il pour que ces paroles cimentent la Cité, qu’on puisse leur accorder crédit. Or de multiples symptômes témoignent de nos jours d’une perte de crédit de la parole, qu’elle soit politique, commerciale ou scientifique. Pour saisir les causes profondes d’un tel discrédit, et des violences qui en résultent, on partira des conditions institutionnelles qui permettent d’échanger des paroles plutôt que des coups. Sur cette base il devient possible d’esquisser les voies d’une restauration du crédit de la parole dans la Cité du XXIème siècle.

 

■ Richter architectes & associés

Explorer les limites

Comprendre, maîtriser, apprivoiser, domestiquer les limites et, parallèlement, les libérer et les démultiplier constitue le socle de notre travail.
Nous explorons les entre-deux, entre soi et le monde, intérieur et extérieur, chaud et froid, végétal et minéral, actif et passif, ombre et lumière, afin de dessiner la juste place des bâtiments et de ceux qui les habitent.

Franco-allemands, les frère et sœur Jan et Pascale Richter puisent dans cette double culture des inspirations complémentaires et contrastées.
Avec Anne-Laure Better, ils orchestrent leur atelier depuis Strasbourg, à la frontière …

Les premières années de l’agence, consacrées principalement à des réalisations destinées à des publics fragiles, ont fortement marqué leur démarche d’architectes : définir un rapport au paysage, construire des transitions, contenir et ouvrir, épaissir la peau entre soi et le monde … tout y est question de limites.

L’atelier Richter architectes a été lauréat de l’Equerre d’Argent en 2018 pour le centre de soins de Metz-Queuleu.

Plus d’information : Site de richterarchitectes & associés

 

 

■ Cros & Leclercq

Expérience(s)

« Ce qu’il y a de plus intéressant et de plus captivant dans la peinture, c’est qu’en commençant un tableau on ne sait jamais ce qu’il sera » disait Georges Braque.

Le projet architectural est à la fois un défi scientifique et artistique, un enjeu unique mais d’intérêt général, objet d’une pensée aujourd’hui mais appelé à exister demain. Confrontés à ces questions à l’occasion de chaque projet, nous faisons appel à nos souvenirs, à nos expériences et songeons à tous ceux qui nous ont transmis la passion de l’architecture.

Nos convictions naissent le plus souvent de la compréhension d’un usage et d’un site, de l’étude de sa topographie et de son histoire, mais aussi de la géométrie, de la structure et des savoir-faire. Pourtant, il nous faut toujours apprivoiser cette lente et nécessaire maturation, faite d’engagement, de persévérance et de doutes. Dans ce processus, nous ne négligeons jamais l’intuition, et avançons sans nécessairement expliquer chaque décision, laissant l’architecture parler son propre langage, dans toutes ses dimensions, d’expérience en expérience.

Diplômés de Paris-Belleville en 2011, Benjamin Cros et Rémy Leclercq ont collaboré pendant plus de cinq ans en tant que chefs de projets dans des agences parisiennes, avant de retrouver les paysages de leur enfance en s’installant à Toulouse en 2016. Leur engagement se fonde sur l’éthique des choix successifs qui façonnent d’abord le projet, puis l’ouvrage. Attachés à révéler les qualités des sites en déshérence, convaincus que l’architecture doit être défendue partout et pour tous, leurs projets témoignent d’une constante quête de sens, de cohérence et de dignité́. L’agence a été notamment lauréate du Prix de la Première Œuvre de l’Équerre d’Argent 2018 décerné́ par AMC et Le Moniteur pour la construction du Restaurant scolaire de l’Institution Notre-Dame à Pamiers, et des Albums des Jeunes Architectes et Paysagistes 2020.

Site de cros & leclercq architectes (cros-leclercq.com)

 

 

■ Bernard Quirot

Pour qui l’architecture ?

En oubliant le fait que l’architecture est d’abord l’art de la construction, en se croyant artistes et en omettant les règles de leur métier, de nombreux architectes se sont perdus dans l’abstraction formelle tout en perdant leur public. En réponse à cette situation, c’est par l’expression de la structure et le choix de modes constructifs précis que nous essayons de simplifier l’architecture et de la rendre à nouveau compréhensible. C’est pourquoi nous avons choisi de travailler principalement dans des territoires ruraux, là où la géographie (histoire, topographie, savoir-faire, vernaculaire…) nous inspire et nous permet de renouer avec la dimension tectonique de l’acte de construire.[/vc_column_text][/vc_column][/vc_row][vc_row][vc_column][vc_video link= »https://www.youtube.com/watch?v=MrnXdaFuvWM&t=15s » align= »center »][/vc_column][/vc_row]

■ Clément Vergély

Identités remarquables

Construire implique de prendre conscience aussi bien de la visibilité du nouvel objet que du caractère local dans lequel il s’inscrit. Dans ce jeu d’équilibre, certains projets affirment davantage leurs règles internes tandis que d’autres se soumettent plus fortement aux influences d’un contexte. La forme de l’objet construit reste néanmoins un signe tangible de sa « mise en situation ».

Se poser la question de la continuité d’un dispositif urbain ou architectural, c’est avoir confiance en l’intemporalité de certaines structures de la ville.

Bien souvent, la recherche d’une filiation du projet avec son environnement permet de poursuivre une histoire sensible du lieu, en valorisant ce qui en fait l’attrait. En outre, certains sites patrimoniaux exigent une plus grande « courtoisie » du projet vis-à-vis de ce qui préexiste.

Chaque projet trouve son identité particulière dans l’interprétation que nous faisons du site mais aussi dans une nécessaire ré-exploitation de langages architecturaux hybridés ou détournés.

Le temps est une matière vivante de l’architecture; un bâtiment se patine, se transforme au gré des usages. La réutilisation offre une durabilité et une pérennité à l’objet en même temps qu’elle génère une richesse d’effets imprévus.

La conception d’un projet se nourrit en permanence de notre observation du monde de la construction, qu’il soit artisanal, traditionnel ou plus savant, car il nous enseigne la réalité physique des choses.

Les notions d’ambiance et d’atmosphère sont une ressource projectuelle importante. Elles s’enracinent aussi dans la transposition des émotions que nous ressentons dans les espaces de notre quotidien ou ceux découverts ailleurs. Notre propre expérience d’un lieu est la première interprétation de ses qualités spatiales.

La recherche de la beauté est conduite par une écriture familière et simultanément non attendue. Elle est capable de capturer le désir et de révéler un mystère.

La beauté est aussi une manière de lutter contre la banalité et de transcender l’obsolescence.

L’agence poursuit dans des contextes différenciés, des valeurs communes, basées sur la conciliation de notions parfois contradictoires mais qui, au lieu de s’annuler, s’enrichissent mutuellement. La radicalité et la rationalité souvent appliquées aux concepts s’infléchissent par la prise en compte des caractéristiques des contextes et des signes de la vie quotidienne, dans une matérialité mise à l’épreuve du sensible.

 

Site internet : Clément Vergély