Aucun traité, aucune théorie n’ont pu faire l’économie de ce qui fonde le projet architectural et urbain : faire exister un espace soustrait à la contrainte de l’extériorité, délimité, qualifié et signifiant. La construction, la décoration, le mobilier, le confort, le plan libre moderne, la densité du tissu, l’éclairement des surfaces participent de cet artefact – l’espace construit – qui organise nos faits et gestes, établit des seuils, sépare ce qui doit l’être afin de mieux cohabiter avec autrui.
Du toit de nos maisons à la voûte du ciel, la notion d’intériorité est relative, et elle nous offre une clef de lecture pour définir les conditions de notre existence aussi bien physique qu’institutionnelle. À l’heure où il est question de refonder notre modèle économique pour tenter de concilier justice sociale et survie de l’écosystème, le concept d’intérieur appelle une mise à jour, ne serait-ce que pour remettre en question l’isolement de la maison individuelle et l’exiguïté des appartements, pour concevoir la hauteur des bâtiments et donner une forme à l’espace public.
De la notion de milieu à celle d’habitat, des théories immersives à l’importance du verbe « s’aérer » depuis la dernière crise sanitaire, le rapport du corps à ce qui l’entoure engage une critique politique, une action écologique et une idée esthétique du monde.Qu’en est-il de cette succession d’intérieurs emboîtés qui, depuis le séjour jusqu’au parc, accueille nos usages ?
Il est question ici de défendre une qualité proprement architecturale et urbaine, associant le principe de protection à celui d’ouverture, et illustrant notre besoin de partager des lieux animés aussi bien que celui de se retirer dans le silence d’une chambre.
En partenariat avec le CNRS, GDRI « Savoirs artistiques et traités d’arts »
En partenariat avec le Groupe d’études géopolitiques éditeur du Grand Continent
Nos rues et nos places, nos habitations et nos monuments racontent une manière d’habiter le monde. De Paris à Budapest, de Barcelone à Berlin en passant par Rome, se profile le visage incertain d’une civilisation, construite autour de la raison, des sciences et des techniques. Conquis sur le terrain des empires et des guerres, ce « nous » cherche encore ce qui le fait. Il ne saurait être défini essentiellement par des traités et une libre circulation des biens, des services et des individus : il y manque une ambition culturelle, de quoi engager une idée de l’autre, du partage, de l’État, de la nature, du pouvoir et des institutions, bref, un ensemble de concepts en prise avec un cadre bâti, qui tantôt les représente, tantôt leur résiste.