José Oubrerie

L’église de Firminy a été inaugurée à l’automne 2006. Depuis lors, une polémique s’est ouverte, alimentée par certains « experts » français, historiens ou architectes (pour les plus méchants). Les mots « posthume », « authenticité », « interprétation », « légitimité » ont ainsi fait surface, et d’autres plus insultants encore.
Une chose est sûre : le « problème » Le Corbusier est de nouveau sur la scène, et quelques-uns de ceux qui vivent de ses archives ne supportent pas la vitalité démontrée par l’église, ni l’accueil international fait au projet.
Nul ne peut dire ce que l’église aurait été Le Corbusier vivant…

La ruine et le geste architectural

Ce colloque ouvre un nouveau cycle de rencontres entre architectes, plasticiens, et universitaires au siège de la Société Française des Architectes. Il tentera d’approfondir leur dialogue interdisciplinaire en saisissant à travers la décomposition du geste architectural son origine, son histoire et son possible renouveau à partir d’un objet incongru : la ruine. Trois axes d’étude ont ainsi été privilégiés.

Architectures en ruines / ruine de l’architecture ?

La ruine est un objet de fascination pour l’architecte. Elle manifeste la précarité du bâti, son probable effacement, tout en perpétuant sa mémoire. Elle offre un témoignage historique et culturel de l’art de l’architecte. Ruines, vestiges d’édifices, ruines urbaines, cités fantômes… hantent l’histoire de l’architecture et sa représentation. Ils exhibent la fragilité de l’archi-tecture, la faiblesse de la matière et de la technique. La ruine, ce qui reste du monument célèbre paradoxalement le geste architectural dans sa décomposition.
Comment accommoder ses restes ? La ruine rappelle le passé de l’architecture, parle de ses transformations, préfigure son avenir. Métonymie de la partie pour le tout, elle mine l’articulation architectonique entre ses éléments, défait la forme initiale de l’œuvre et sollicite sa restauration. C’est à partir de la ruine que le geste architectural peut se (re)définir, se (re)composer et se (re)constituer. Le spectacle de la ruine offre la possibilité d’une reconstitution hyperbolique de ses parties manquantes, dont la littérature et la peinture rendent abondamment compte, selon une dialectique complexe entre le visible et l’invisible, le respect du bâti et sa métamorphose, l’opacité de ses formes anciennes et celles de l’œuvre à venir. La ruine, réelle ou imaginaire, antique, « moderne « ou post-moderne, vraie ou fabriquée, célèbre à rebours l’architecture.

La ruine : lieu vide, non-lieu, hors-lieu ou lieu du possible

Ce lieu vide, qui tend progressivement à disparaître, met en jeu des oppositions conceptuelles fortes. Entre décomposition et recomposition, reconstruction et démolition, réel et fiction, la ruine travaille les contraires. Elle pose à l’architecte la difficile question de la réhabilitation et de l’appropriation d’une œuvre antérieure. Les ruines anciennes ou contemporaines (villas, temples, fabriques, friches…) sont souvent informes, désarchitecturés, des non-lieux ou des hors-lieux, mais aussi des lieux du possible de l’architecture. La ruine appelle le dessin, la gravure, le récit, le poème, le tableau, la photographie, tout un accompagnement de textes et d’images pour la déchiffrer. Elle est l’enjeu d’une nostalgie culturelle et d’une utopie esthétique. La ruine muette ou parlante interroge de manière paradoxale notre rapport au lieu.

La ruine : paradigme de l’architecture et des arts

La ruine est un objet transesthétique exemplaire. Le motif de la ruine traverse toute l’histoire des arts. La ruine détient une valeur herméneutique susceptible de nous éclairer sur l’essence de l’architecture. La prédilection pour les espaces en ruines trouve une concrétisation nouvelle dans les installations fragmentaires et éphémères. La déconstruction des espaces architecturaux, l’exhibition de leurs éléments architectoniques constituent des formes d’architecture en ruines où le geste architectural se réinvente souvent en transparence. La ruine contemporaine est le symptôme d’une autre appréhension de l’espace et d’un autre rapport entre la forme et la matière. Elle est un élément essentiel pour penser l’architecture, saisir la complexité et la diversité de ses liens avec les arts. En tenant compte des points de vue croisés des écrivains, des architectes, des plasticiens, le colloque s’efforcera de mettre en perspective la spécificité et l’évolution des paradigmes architecturaux et esthétiques.

Dion Neutra

Richard Joseph Neutra a créé son Atelier en 1926, à l’âge de 34 ans. Son fils Dion l’y a rejoint en 1950, à l’âge de 24 ans. Le père et le fils y ont collaboré pendant 20 ans, jusqu’à la mort de Richard en 1970. Depuis cette date, Dion Neutra poursuit l’œuvre entreprise. Lors de cette conférence, Il rendra compte de cette longue trajectoire de 80 ans d’activités de l’Atelier ou se côtoyèrent aussi Robert Alexander comme associé, Gregory Ain, Harwell Harris, et Raphael Soriano comme collaborateurs.

Kristian Gullichsen

Kristian Gullichsen, né en 1932, a achevé ses études à l’Université de Technologie d’Helsinki en 1960. Il a forgé son expérience en travaillant chez Alvar Aalto dont il peut être considéré comme un héritier spirituel. En 1961 il a fondé son propre atelier à Helsinki, collaborant notamment avec Juhani Pallasmaa.
En 1973, il s’est associé avec Erkki Kairamo et Timo Vormala. Ensemble ils ont réalisé de nombreux projets, beaucoup d’entre eux attribués sur concours. Il a présidé le Musée d’Architecture Finlandaise et il est actuellement Président de la Fondation Alvar Aalto.

Balkrishna Doshi

Balkrishna Doshi est né en Inde en 1927. Il commence ses études d’architecture à Bombay en 1947 pour les poursuivre à Londres en 1951. Il rejoint l’atelier de Le Corbusier pour travailler sur les projets indiens de Chandigarh et Ahmedabad dont il supervise les travaux de 1954 à 1957. En 1956, il fonde son agence à Ahmedabad. En 1962, Il y reçoit Louis Kahn, invité à répondre à la commande de Vikram Sarabhai pour l’Indian Institute of Management. La même année et y il fonde l’Ecole d’Architecture dont il conçoit l’architecture. En 1978, il fonde la Fondation Vaastu Shilpa pour la recherche et l’étude du patrimoine environnemental, urbain et vernaculaire du Gujarat. …

Yung Ho Chang

Architecte principal de l’Atelier Feichang Jianzhu (FCJZ, 1993) il est également directeur des études du Département d’Architecture du Massachusetts Institute of Technology. Par ailleurs, il enseigne toujours le projet à l’Université de Pékin. Diplômé de l’Université de Berkeley en Californie en 1984, il a été distingué par le prix UNESCO pour la promotion des Beaux Arts en 2000, et par l’American Academy Award in Architecture en 2006. Des maisons individuelles aux laboratoires et édifices culturels via des projets urbains de grande ampleur, l’Atelier FCJZ a à son actif de nombreuses réalisations en Chine et ailleurs dans le monde qui sont répertoriées dans six monographies.

Ignacio Mendaro Corsini

Architecte né à Marquina en 1946, il enseigne le projet architectural à l’Ecole d’Architecture de Madrid pendant dix-huit années. Il participe à un grand nombre de concours nationaux et internationaux, en a gagné quelques-uns, mais surtout il reste de ceux qui croient encore que l’architecture est capable de produire de la vie et de la nourrir. Primé à plusieurs reprises pour ses œuvres architecturales et de design, il précise que ses maîtres (Javier Carvajal, Julio Cano Lasso ou encore Alejandro de la Sota…) lui ont permis d’aborder ses différents projets avec sagesse et justesse tout au long de sa carrière jusqu’à aujourd’hui. Son œuvre est essentiellement située en Espagne.

Miguel Angel Roca

Soo D’abord diplômé de l’Université Nationale de Cordoba en 1965 en Argentine son pays natal, Miguel Angel Roca a ensuite obtenu un Master en architecture à l’université de Pennsylvanie en suivant les cours de Louis I. Kahn dont il sera l’assistant. Il a construit de très nombreux projets en Argentine principalement mais aussi à Singapour, au Maroc, en Bolivie, en Afrique du sud, à Hong-Kong, en Uruguay et au Chili. Son œuvre est aussi variée que fournie et toutes les échelles y sont explorées. Il consacre aussi une grande part de son temps à l’enseignement en Argentine mais également dans d’autre pays dont la France où il a enseigné à l’Ecole d’Architecture de Paris la Villette.

Soo Khian CHAN

Soo K. Chan est né en Malaisie en 1962. Il pratique au sein de l’agence SCDA qu’il a fondé en 1995. En 1987 il obtient un Master en Architecture à l’Université de Yale.
Il enseigne aujourd’hui à l’Université Nationale de Singapour après avoir été Chairman de l’Université de Syracuse en 1998. L’agence SCDA a été distinguée par la médaille d’or de l’ARCASIA Award pour l’année 2005-2006 ainsi que par la Médaille d’Or de la Biennale d’Architecture de Miami Beach en 2005. Son œuvre est constituée de réalisations variées réparties entre Singapour, New York, Kuala Lumpur, New Delhi, Beijing et le Maroc.

Architecture, Littérature et autres arts : interactions, hybridations

L’ARCHITECTURE ET LES ARTS
L’architecture conçoit et réalise des lieux de vie où s’enchevêtrent des pratiques esthétiques diverses en fonction des contraintes architecturales et des éléments artistiques qui les composent. La littérature, la peinture,la musique sont des Arts de l’espace, du temps et de la mémoire qui participent de cette mixité propre à l’œuvre architecturale. L’utilisation de l’image est de ce point de vue exemplaire. Elle est constitutive du projet architectural de sa naissance à sa réalisation, du croquis au dessin préparatoire, de sa visualisation virtuelle à son intégration comme élément architectural qu’il s’agisse du trompe-l’œil ou de l’image vidéo. Cet exemple a une valeur indicative. Il montre combien au-delà du simple renouvellement des normes esthétiques, l’architecture et l’art favorisent la création de formes nouvelles. La littérature, la musique, la scénographie (chorégraphie, décor…)… sont des éléments matériels et immatériels qui président à la création d’éléments architecturaux. A contrario, l’architecture prise comme motif fournit aussi à la littérature des contraintes spécifiques non seulement en termes de création, de construction mais aussi d’écriture.

ESPACES ARCHITECTURAUX ET MONDES FICTONNELS
L’architecte crée des lieux à habiter. Dans quelle mesure l’architecture détermine-t-elle notre façon d’être au monde à travers l’interaction spécifique entre celui qui l’habite et le lieu ? Quels sont les effets de sens d’un espace architectural ? Habiter nécessite l’élaboration d’un espace fictionnel propre pour faire sien l’espace architecturé de référence. La création de cet espace fictionnel relève-t-elle de l’intentionnalité de celui qui l’occupe ? Comment intériorise-t-on le lieu que l’on habite ? La diversité des lieux (du lieu heideggerien aux non-lieux de Marc Auger ou aux contre-lieux de Paul Ardenne…) exprime la multiplicité de nos types de relations à l’espace et au temps et l’évolution des modes d’habiter. Or, la littérature nous aide à rendre compte de ces modes d’appréhension individuelle et sociale et des différents types d’interaction en jeu.
L’appropriation ou le rejet d’un lieu privé ou public passent aussi par des représentations historiques et culturelles diverses. La littérature et les arts peuvent nous permettre de saisir comment se constitue ce processus d’interaction et de fictionalité propre à l’habité, ses modalités, sa portée cognitive et ontologique.

VERS UNE (RE)DÉFINITION DES LIENS ENTRE L’ARCHITECTURE ET LES ARTS
L’architecture pose ainsi sans cesse à travers sa complexité la question de son statut et de son identité. Pour rendre compte de ces phénomènes d’interactions et d’hybridations la rhétorique, la sémiotique seront utilisées de manière complémentaire et analytique. Il s’agira d’étudier l’architecture en tenant compte des points de vue croisés des écrivains, des architectes, des plasticiens afin de mettre en perspective l’évolution des paradigmes architecturaux.