Architecture, Littérature et autres arts : interactions, hybridations

L’ARCHITECTURE ET LES ARTS
L’architecture conçoit et réalise des lieux de vie où s’enchevêtrent des pratiques esthétiques diverses en fonction des contraintes architecturales et des éléments artistiques qui les composent. La littérature, la peinture,la musique sont des Arts de l’espace, du temps et de la mémoire qui participent de cette mixité propre à l’œuvre architecturale. L’utilisation de l’image est de ce point de vue exemplaire. Elle est constitutive du projet architectural de sa naissance à sa réalisation, du croquis au dessin préparatoire, de sa visualisation virtuelle à son intégration comme élément architectural qu’il s’agisse du trompe-l’œil ou de l’image vidéo. Cet exemple a une valeur indicative. Il montre combien au-delà du simple renouvellement des normes esthétiques, l’architecture et l’art favorisent la création de formes nouvelles. La littérature, la musique, la scénographie (chorégraphie, décor…)… sont des éléments matériels et immatériels qui président à la création d’éléments architecturaux. A contrario, l’architecture prise comme motif fournit aussi à la littérature des contraintes spécifiques non seulement en termes de création, de construction mais aussi d’écriture.

ESPACES ARCHITECTURAUX ET MONDES FICTONNELS
L’architecte crée des lieux à habiter. Dans quelle mesure l’architecture détermine-t-elle notre façon d’être au monde à travers l’interaction spécifique entre celui qui l’habite et le lieu ? Quels sont les effets de sens d’un espace architectural ? Habiter nécessite l’élaboration d’un espace fictionnel propre pour faire sien l’espace architecturé de référence. La création de cet espace fictionnel relève-t-elle de l’intentionnalité de celui qui l’occupe ? Comment intériorise-t-on le lieu que l’on habite ? La diversité des lieux (du lieu heideggerien aux non-lieux de Marc Auger ou aux contre-lieux de Paul Ardenne…) exprime la multiplicité de nos types de relations à l’espace et au temps et l’évolution des modes d’habiter. Or, la littérature nous aide à rendre compte de ces modes d’appréhension individuelle et sociale et des différents types d’interaction en jeu.
L’appropriation ou le rejet d’un lieu privé ou public passent aussi par des représentations historiques et culturelles diverses. La littérature et les arts peuvent nous permettre de saisir comment se constitue ce processus d’interaction et de fictionalité propre à l’habité, ses modalités, sa portée cognitive et ontologique.

VERS UNE (RE)DÉFINITION DES LIENS ENTRE L’ARCHITECTURE ET LES ARTS
L’architecture pose ainsi sans cesse à travers sa complexité la question de son statut et de son identité. Pour rendre compte de ces phénomènes d’interactions et d’hybridations la rhétorique, la sémiotique seront utilisées de manière complémentaire et analytique. Il s’agira d’étudier l’architecture en tenant compte des points de vue croisés des écrivains, des architectes, des plasticiens afin de mettre en perspective l’évolution des paradigmes architecturaux.

Architecture et Littérature Contemporaines

1 – LITTÉRATURE / PROJET ARCHITECTURAL
À l’inverse, dans quelle mesure la littérature contemporaine peut-elle être à l’origine d’un projet architectural et lui donner sens ? Ce n’est pas seulement la question de la genèse du projet et de sa réalisation qui est posée, c’est aussi celle de sa conception et de la mise en œuvre de ses dispositifs propres. En quoi la démarche littéraire est-elle un projet herméneutique susceptible d’éclairer des perspectives architecturales ?

2 – LES MODALITÉS DE L’HABITÉ
L’architecte élabore un espace de possibles imaginés et réels, bâtit des lieux de séjour et de passage au service de l’habité. L’architecture crée des espaces à vivre dont la représentation littéraire nous permet de mesurer l’habitabilité. La littérature n’est-elle pas une façon d’habiter l’espace architecturé ? Les questions de la représentation et de la création littéraire, de la spatialisation et de la temporalité, celles des origines de la littérature et de notre rapport originel au monde, de la possibilité et de l’impossibilité d’ « habiter « la littérature ou l’espace sont également posées. La littérature, l’architecture, la sémiotique, la psychanalyse ainsi que d’autres discours, le management par exemple, pourront être convoqués de façon complémentaire ou croisée pour nourrir la réflexion sur les modalités de l’habité dans/à travers la littérature.

3 – ARCHITECTURE / ESTHÉTIQUE LITTÉRAIRE
L’architecture contemporaine peut-elle être considérée comme source et modèle de la littérature? Dans quelle mesure l’espace littéraire s’est-il approprié son langage et ses codes ? En quoi les codes architecturaux contemporains ont-ils influencé l’esthétique littéraire ? L’utilisation de l’architecture par la littérature contemporaine suppose un travail d’adaptation, de transformation et de codification. Comment le décalage entre les référents architecturaux et la forme littéraire est-il exprimé ? En d’autres termes, comment les écrivains ont-ils tenté de résoudre les problèmes de configuration, de surface, de volumes, de plans… Pour dire l’espace contemporain, ils ont mis en cause les topoï architecturaux et l’esthétique de la représentation. Quels sont les enjeux structuraux, fictionnels, poétiques, symboliques… de cette déconstruction et ré-appropriation par la littérature « postmoderne» ? La question du « postmoderne « peut offrir l’opportunité d’une réflexion épistémologique sur le transfert analogique d’une notion dans un autre champ d’étude pour rendre compte d’un nouvel espace.

Edith Girard et Philippe Vignaud

Y a-t-il encore un espace du logement ? Le logement social est une priorité affichée par tous les élus, et pourtant son rôle d’outil de la fabrique urbaine semble régresser : les budgets et les surfaces toujours réduits, l’indifférence à l’usage, le goût pour des façades graphiques, condamnent-elles l’architecture du logement à balancer entre la mode et les guenilles (qu’on peut souvent confondre) ?

Olivier Gahinet

Les opérations d’aménagement de Paris Rive Gauche sont un moment privilégié dans la lecture de l’urbanisme et de l’architecture parisiens : aussi bien dans les formes urbaines mises en jeu et dans l’image de la ville qu’elles véhiculent, que dans le rapport entre architectes et « client » qu’elles ont mis en place. Lieu privilégié d’expérimentation, il permet de confronter comme nulle part ailleurs les objectifs et les résultats.

Paul Chemetov

L’aménagement des Halles fait partie de l’histoire urbaine de Paris depuis quarante ans, et encore aujourd’hui avec le récent marché de définition mis au concours. Entre l’histoire du lieu et les projets d’aujourd’hui, entre la liste des invités au concours et les projets rendus, se dessine une réponse à la question : qu’est ce que la ville d’aujourd’hui, pour la Ville, aujourd’hui ?