Philippe Vignaud

Discriminée à outrance, la ville constitue aujourd’hui sous toutes ses formes, l’établissement humain majoritaire sur l’ensemble de la planète.
Si l’Occident a déjà accompli son regroupement urbain à 80%, le sud et l’est courent à toutes enjambées vers l’accomplissement de notre modèle.
C’est donc dans ce nouveau biotope au sein d’une planète devenue toute petite et exsangue de ses ressources non renouvelables que vit l’humanité ; le troisième millénaire se construit ici et dès maintenant. L’homme devra y faire société et ce projet sera civilisationnel en contournement de toutes les barbaries.

En un demi-siècle, en Europe et particulièrement en France, la ville a connu des métamorphoses considérables dans son extension, sa forme et son renouvellement. Guidé par une pensée sectorielle, l’homme du XXème siècle a juxtaposé dans l’ignorance aveugle de son environnement les fonctions humaines et urbaines, épuisant sans retenue les ressources naturelles, spatiales, énergétiques, abusant de la faune et de la flore, rejetant sans frein toutes sortes de déchets dans le sol, les océans et les airs. Autiste, il a tenté de soumettre l’histoire et la géographie a ses projets fous.

Le pré requis de notre volonté de développer une société solidaire et durable étant posé, c’est dans ce large contexte que la politique de la ville doit se dissoudre dans une vision qui unit dans la même volonté d’aménagement des territoires, l’Etat stratège et les régions d’une part, les agglomérations et les villes d’autre part. Cette double action requière une triple prise de conscience :

– Au cœur de ce monde, l’économie -aujourd’hui devenue volatile- façonne de plus en plus vite les territoires et les villes, avec pour moteur spontané et résultat constant, la discrimination.

– Contrairement à ce qu’en a pensé un Premier Ministre, il n’est pas vrai de dire que l’Etat ne peut rien; s’il est capable de mesures néfastes, on peut aussi en espérer le meilleur.

– Si la modernité a créé la pensée sectorielle –et vis & versa-, il nous faut aujourd’hui déspécialiser les savoir-faire et façonner une pensée complexe* de nature à nous permettre de comprendre le monde et les villes d’aujourd’hui et de projeter leur avenir. C’est ainsi que, y compris dans une période de resserrement drastique des finances publiques, il existe un chemin volontariste, à rebours du défaitisme libéral ambiant : « Une autre ville est possible ! »

*Emprunté à Edgar Morin

Svein Lund et Einar Hagem

Créée en 1984, l’agence Lund Hagem est dirigée par quatre associés : Svein Lund, Einar Hagem, Mette Røsbekk et Per Suul (depuis 2005). Les projets de Lund Hagem Arkitekter visent à construire une modernité intemporelle fondée sur une interprétation de la géographie et des formes traditionnelles, et ce, à travers des réalisations d’échelles variées : maisons individuelles, crèches, maisons de retraites, hôpitaux, églises, écoles, restructurations urbaines. L’agence a remporté le prix Statens Byggeskikkpris (consacré à la formation, au renouvellement et au développement des formes bâties) en 1987, 1994 et 2000. Elle a également reçu le prix Murverksprisen en 1993.

O’Donnell+Tuomey

Depuis sa création en 1988, l’agence O’Donnell+Tuomey a réalisé nombre d’équipements culturels, d’écoles, de logements collectifs, de maisons, mais aussi de projets urbains en Irlande, aux Pays-Bas et au Royaume-Uni. Sheila O’Donnell et John Tuomey ont participé au Goup 91 pour la restructuration du quartier Temple Bar de Dublin, où ils ont construit l’Institut du film irlandais, les Archives nationales de la photographie et la galerie de photographie. Parmi les nombreuses réalisations récentes, on peut citer le Théâtre-Lyrique de Belfast (2011), le Culturlann (Derry, 2009) et la Cherry Orchard School (Dublin, 2006, lauréat du Prix européen du RIBA). L’agence travaille actuellement sur le nouveau centre des étudiants de London School of Economics (livraison prévue en 2013).
Lauréats de plus de cinquante prix nationaux et internationaux, ils ont reçu sept fois la médaille AAI Downes, ont été quatre fois finalistes du Prix européen Mies Van Der Rohe, et ont reçu la médaille d’or du RAI (Royal Institute of the Architects of Ireland).

Mahendra Raj

Mahendra Raj a commencé sa carrière d’ingénieur en 1952, au service du gouvernement du Pendjab, quand il conçoit les structures de la Haute Cour de Chandigarh, puis du Secrétariat ; son travail avec Le Corbusier, d’abord conflictuel, puis pacifié, a permis de concilier la logique des formes architecturales – les colonnes, les toits en porte-à-faux, les brise-soleil, les rampes suspendues – et celle de la structure.
Il rejoint ensuite le bureau Ammann & Whitney à New York et travaille notamment sur des projets de Harrison & Abramovitz, Eero Saarinen ou Kevin Roche. De retour en Inde, il s’installe à son compte en 1960. C’est à cette époque que de jeunes architectes comme B.V. Doshi, Charles Correa, A.P. Kanvinde, Raj Rewal, Kuldip Singh reviennent en Inde après leurs études à l’étranger : autant d’architectes avec lesquels il travaille, au service des projets qui fondent la modernité en Inde.
En 1962, il est l’ingénieur du projet de l’Institut de gestion d’Ahmedabad pour Louis Kahn. C’est à cette occasion qu’il résoudra le conflit entre le souhait de Kahn de travailler la brique et les grandes portées qu’exige le programme.
Soixante ans après, son aventure professionnelle continue avec la jeune génération des architectes indiens : Stéphane Paumier, Deb Guha, son fils Rohit et sa belle-fille Vandini.
La relation entre structure et architecture est à la fois étroite et énigmatique ; après des moments de frustration, elle offre aussi l’exaltation que procurent les réalisations, une fois examinée la multiplicité des solutions possibles. Elle aide à abandonner tout a priori dans le travail de la forme : dans le travail de Mahendra Raj, la construction de la forme participe du projet architectural.

Manuel et Francisco de Aires Mateus

Ils ont enseigné à Harvard en 2002 et en 2005. ils enseignent depuis 2001 à l’Académie d’Architecture de Mendrisio et à l’Université autonome de Lisbonne depuis 1998.
Au cours des dernières années, ils ont remporté de nombreux prix, notamment le premier prix AIT-Award de 2012 pour le centre d’appels de Santo Tirso (Portugal), le Brick Award du Bâtiment résidentiel pour leur maison pour personnes âgées à Alcácer do Sal (Portugal), le « Prix international architectures de pierre » pour le Centre de recherche Laguna Furnas (Açores), le Premis Fad pour les « installations temporaires » pour le pavillon WeltLiteratur (Barcelone). Ils ont par ailleurs reçu le Prix RS de 2004 pour leur maison à Azeitão.

Manuel et Francisco de Aires Mateus ont exposé leurs travaux à la Biennale de Venise de 2010, au Royal Institute of British Architects et à l’ETHZ (Zurich), en 2007.

Stéphane Paumier

Stéphane Paumier est parti en Inde en 1996 pour effectuer un service civil, quelques semaines après son diplôme obtenu à l’Ecole d’Architecture de Belleville sous la direction d’Henri Ciriani et du groupe Uno.
Seize ans plus tard, sa longue association avec l’Inde demeure la base d’une pratique architecturale originale où la notion de contexte et l’étude des mises en œuvre orientent les projets vers des résultats formels différenciés. Dans un pays continent où les temporalités conceptuelles, spirituelles et technologiques cœxistent d’une part, et où les besoins colossaux de développement se font a marche forcée d’autre part, le projet se situe souvent…

Raj Rewal

Après ses études à New Delhi et à Londres, Raj Rewal a travaillé pour Michel Ecochard à Paris, avant d’ouvrir sa propre agence à New Delhi. Parmi les très nombreuses réalisations à son actif figurent le Pavillon Nehru, le complexe de bureaux de SCOPE, l’édifice de la Banque mondiale, l’Institut national d’immunologie,la bibliothèque du Parlement indien à Delhi et le Centre ismaélite de Lisbonne.
Membre associé de l’Institut Royal des Architectes Britanniques et membre de l’Institut Indien des Architectes, Raj Rewal a été Professeur à l’Ecole d’architecture et d’urbanisme de New Delhi, et a enseigné également au MIT (Boston).

Architecture et Politique

Que peut l’architecture ? Qu’en est-il du projet architectural et urbain comme moyen de transformation du monde ? Qu’en est-il de l’architecture comme objet d’intérêt public, et de son rôle dans les processus de transformation sociale ? A quel degré l’architecture participe-t-elle encore de la planification du réel ? Ces questions nous conduisent à nous interroger sur le sens et sur l’autorité du projet architectural et urbain aujourd’hui.

En nous appuyant sur une analyse de l’évolution de la discipline durant ces dernières décennies, nous nous interrogerons sur ce que l’architecture peut défendre, alors que ce qui reste de son « empire » semble être convoité de toutes parts. L’affaiblissement des Etats et du politique, la puissance des fonds privés et des médias, la spectacularisation du monde et l’instantanéité des événements, le « court-termisme » qui gouverne certaines décisions des élus, le développement de techniques hors de tout projet social, l’accumulation des normes, le déficit et la confusion de la demande architecturale et urbaine elles-mêmes… tout cela bouscule les principes fondateurs du projet architectural : traduire dans l’espace habité les valeurs dans lesquelles se reconnaissent nos sociétés, accueillir les
hommes, transformer la nécessité pratique en un projet symbolique.

La thématique principale « Architecture et Politique » est aussi un moyen d’interroger les rapports au temps, à l’environnement, et à la société civile, que la pratique architecturale est aujourd’hui amenée à repenser, aux côtés d’autres questions actuelles. Quels liens se tissent entre l’architecture et le pouvoir ? Quels effets ont-ils sur la transformation de la discipline ? Comment le rapport entre les édifices et l’espace public a-t-il évolué de par le monde ? Il s’agira également de se demander ce que peut l’architecture lorsque la permanence des édifices est mise en question par l’instabilité des programmes, et quel destin lui réservent la «  société liquide » et les nouvelles techniques de l’information.

Christian Kerez

Tout espace architectural résultant d’un projet présuppose une volonté subjective à son origine. Pourtant cette volonté ne devient intéressante que lorsqu’elle se laisse transposer intégralement dans un espace architectural, faute de quoi ce dernier se résume à la simple illustration d’une intention.
En ce sens, un projet ce n’est pas un désir individuel qui se superpose à des conditions générales données, mais plutôt une stratégie pour mettre en relation ces deux termes afin de donner lieu à un troisième : l’espace architectural. On peut aussi nommer cette stratégie « idée », ou, mieux encore, « concept ». Un concept architectural a aussi toujours un caractère hypothétique…

Francisco Mangado

Les bâtiments sont des concentrés d’engagements, d’hypothèses généreuses qui offrent à la société davantage que ce qu’elle demande.
A mon sens le projet architectural est un creuset où le raisonnement et la sensibilité se confondent, où est médité le choix des matériaux et des moyens, par une intelligence de la construction et la grâce des intentions. Le reste n’est que bruit, calligraphie « en vogue » de nos jours et tout compte fait ringarde.
Je préfère penser à la recherche plutôt qu’à la spéculation, au lieu plutôt qu’à l’objet, à la substance plutôt qu’à l’apparence. Et aussi, au sens de la forme plutôt qu’à la rhétorique, à la construction plutôt qu’à la représentation…