■ Barclay & Crousse septembre 23, 2021 Cecile Paysages de l’intimité Faire de l’architecture n’est jamais simple mais, en Amérique latine, l’instabilité politique, économique et sociale ajoute à cette complexité naturelle. Elle entraîne une précarité dans la commande, une discontinuité dans le processus de conception et une pénurie des ressources techniques. L’agence Barclay & Crousse s’attelle à restaurer le sens des formes bâties en s’appuyant sur une topologie mobilisant à la fois le grand paysage, la mémoire des lieux et la techniques disponibles afin d’enraciner l’architecture tout en assumant les réalités contemporaines. Etablis à Lima (Pérou) depuis 2006 après un parcours en France, Sandra Barclay et Jean-Pierre Crousse ont vu leurs projets reconnus et primés à travers le monde, notamment le Prix Mies Crown Hall des Amériques et le Prix Oscar Niemeyer pour l’architecture d’Amérique Latine.
Raymond Bellour septembre 8, 2021 Cecile Le cinéma parmi les arts du proche et du lointain Le cinéma, art du mouvement dans le temps, est par excellence celui que sa matérialité rend le plus explicitement tributaire d’une variation plus ou moins continuelle du proche et du lointain, sitôt qu’il choisit de diviser sa continuité en plans. A l’inverse, les performances du théâtre et de la danse s’inscrivent dans un dispositif unitaire de réalité qui rend par nature leurs variations moins formalisables, comme cela s’avérait à travers les plans continus du cinéma des premiers temps. La littérature, de son côté, selon son abstraction propre, peut seulement évoquer ce que le cinéma se trouve montrer. Quant à l’architecture, dite art de l’espace, elle peut étager plus ou moins les trajets qu’elle présuppose et ainsi les « plans » de vision qui leur correspondent, de sorte à ménager à partir de l’espace une expérience corporelle du temps. En prenant comme référence l’analyse ancienne (1969) d’un segment des Oiseaux d’Alfred Hitchcock dont l’opposition proche/lointain se trouvait constituer l’une des trois pertinences formelles, il s’agira de commenter une suite d’exemples susceptibles d’incarner cette opposition entre proche et lointain. Mais on soulignera qu’elle s’avère aussi bien prendre la forme d’une variation plus ou moins accentuée des distances dans tant de plans développés du cinéma moderne et contemporain. Un de nos exemples s’attardera sur le film de King Vidor, The Fountainhead (Le Rebelle, (1948), consacré à la figure d’un architecte moderniste, et dont la fin symbolise à partir de son œuvre même cette opposition du proche et du lointain.
La Cité au XXIème siècle juillet 1, 2021 Cecile Leave a Comment on La Cité au XXIème siècle La crise de la démocratie représentative nous conduit souvent à convoquer la notion de cité, comme s’il fallait rappeler les origines de nos civilisations pour en conjurer les dérives. Cette notion qui associe l’ordre politique à l’ordre urbain, si elle a encore un sens, est mise à rude épreuve. Que devient-elle à l’ère des réseaux sociaux, de la mondialisation, de la financiarisation, de la surveillance numérique et de l’érosion des libertés ? Appartient-elle au passé, ou peut-elle encore définir un projet de société urbaine et démocratique à l’heure des métropoles surpeuplées et des directives sécuritaires, auxquelles s’est ajoutée récemment la « distanciation sociale » imposée par la pandémie ? De quelle citoyenneté avons-nous pris le chemin, à notre insu, en laissant s’installer nos nouvelles habitudes, où les techniques facilitent la commande d’une course, d’un repas ou d’un objet qui sera livré le lendemain, au prix d’une profonde remise en question des équilibres sociaux, écologiques et économiques ? Née avec le débat public dans l’agora, la cité peut-elle trouver aujourd’hui un espace démocratique où la parole de tous peut être entendue ? La plupart des lieux urbains imaginés au XXe siècle, qu’ils soient progressistes ou historicistes, n’ont pas intégré un espace public pour la parole. Les visions des Modernes (Broadacre City, Plan Voisin) dont se sont inspirées les opérations sur dalle (le Front de Seine), les tentatives postmodernes (Euralille), les réactions passéistes (New Urbanism) et, plus récemment, le libéralisme débridé des nouveaux quartiers aux allures de catalogues, ont un point commun : il y manque quelque chose qui fait le citoyen. De quelle réalité politique et sociale ce manque est-il le symptôme ? L’intérêt général et la perspective à long terme sont-ils possibles dans les conditions actuelles du financement, ou le destin de nos villes est-il irrévocablement soumis aux lois du marché, conduisant l’action publique à dissimuler des opérations juxtaposant des intérêts privés derrière d’habiles slogans promettant de « réinventer » la cité ? Le titre de ce colloque soulève bien d’autres questions encore, susceptibles de réunir des architectes, juristes, philosophes et historiens. organisé en partenariat avec le CNRS (GDRI « Savoirs artistiques et traités d’art ») Entrée Libre et gratuite
Sergio Ruggeri mars 5, 2020 Cecile Habiter la ville Nos villes reflètent de plus en plus les contradictions de ce début de siècle. En Amérique latine, les inégalités sociales laissent une marque visible : des villes fragmentées, soumises à la gentrification et à la privatisation des lieux. Cela est encore plus frappant au Paraguay, dont les espaces publics, particulièrement dégradés, ne laissent place à quasiment aucune vie urbaine. L’architecture, réservée à une minorité, ne joue qu’un rôle très limité dans la formation des villes. Face à ce constat, j’essaie de faire de chaque projet – celui que j’enseigne tout comme celui que je construis – l’occasion de défendre le principe même de l’espace commun qui fait de nous une société. En d’autres termes, nous travaillons, d’un site à l’autre, à l’Université comme à l’agence, à nous construire nous-mêmes. Sergio Ruggeri est Architecte diplômé de la Faculté des Sciences et Technologie de l’Université Catholique d’Asuncion au Paraguay. Il fonde en 1996 l’agence d’architecture Ruggero/Zarza et obtient un doctorat de l’IUAV de Venise, où il entreprend des recherches sur le projet architectural de 2001 à 2010. Il collabore en outre avec Carlos Ferrater et réalise plusieurs projets et concours en partenariat avec Roberto Paoli et Gustavo Carabajal. Il est actuellement professeur de projet à la faculté des sciences et des technologies de l’université catholique d’Asunción et, depuis 2016, directeur du département d’architecture. Il est également professeur à la chaire de projet de l’Université nationale d’Asuncion (UNA). Il a par ailleurs architecte conseil auprès de diverses institutions et organisations non gouvernementaux, et a participé à de nombreux jurys de concours nationaux et internationaux. Il a été commissaire du pavillon paraguayen à la biennale d’architecture de Venise en 2014. Sergio Ruggeri est cofondateur du collectif Aqua Alta
José I. Linazasoro février 7, 2020 Laura [vc_row][vc_column][vc_column_text]La mémoire de l’ordre L’agence Linazasoro & Sánchez porte un regard critique vis-à-vis de la mode et des images qu’elle promeut, plus intéressée à construire un équilibre entre l´existant – le tissu urbain ou un bâtiment ancien à reconvertir – et l’intervention par le projet, comme en témoignent Las Escuelas Pías de Lavapiés, l´église de Valdemaqueda, la place de la Cathédrale de Reims ou le Centre de Congrès à Troyes. José Ignacio Linazasoro a été professeur à l´Ecole d´Architecture de Madrid ainsi qu’en Italie et en Suisse (EPFL). Ses projets ont été publiés en Espagne, France, Italie, Allemagne etc., et deux monographies sont parues en français en 2012 et 2017. Il a écrit par ailleurs des essais théoriques dont Le Projet Classique en Architecture et « La Memoria del Orden ». Il travaille depuis 2011 en association avec Ricardo Sanchez.
Parole à Jacques Rancière octobre 17, 2019 Cecile Un art est toujours aussi un nom de l’art, une manière de dire et de montrer ce que fait l’art et ce qui fait art. L’architecture, dit Kant, est l’art de la «vérité sensible», celui qui donne à l’idée une figure matérielle, en adaptant exactement ses moyens à ses fins. Mais ce pouvoir même la met aux limites de l’art, lequel vit d’apparence et de l’indistinction entre moyens et fins. D’où l’effort constant pour lui enlever de sa finalité et de sa solidité en la mettant au régime de l’apparence. Au XVIIIe siècle les réformateurs de l’art des jardins opposent aux parterres symétriques des architectes les libres scènes de la nature et peuplent leurs jardins de fabriques inutiles dont ils trouvent les modèles dans les architectures imaginaires des peintres. Autour de 1900, les réformateurs du théâtre dessinent des « espaces rythmiques » pour libérer le drame musical de l’anecdote et des décors peints ou rêvent de pièces d’un genre nouveau où les « ambiances » d’un escalier remplaceraient les contorsions d’acteurs imitant des états d’âme. Au temps de la révolution soviétique, des architectes imaginent des villes flottantes semblables aux nuages des peintres. D’autres, aujourd’hui, continuent à se rêver poètes. On étudiera les enjeux esthétiques et politiques de ces architectures déplacées.
Carvalho Araújo septembre 27, 2019 Cecile Affinité, identité et anonymat Une partie de l’architecture portugaise a tout naturellement suivi le retour à la relation entre l’architecture et le terrain, que, d’une certaine façon, elle n’avait jamais complètement abandonnée, ni dans sa modernité tardive – par la culture de la résistance –, ni de par sa relation périphérique avec l’Europe. Néanmoins, elle a généralement rejeté l’utilisation de géométries complexes, l’idée de réinvention topographique et l’élimination de la différence entre paysage et bâtiment, considérant plutôt la topographie comme une plate-forme de compréhension, une façon de lisser la dichotomie entre la construction et le paysage. L’idée de construction reflétant un rapport au paysage, à la ville ou au territoire est une façon de renforcer la prévalence de l’espace collectif, la continuité et la préexistence (même imaginée), en laissant voir une partie de leur espace intime. La notion de rue, de place, de sentier, les références à la ville et au paysage en viennent à intégrer le lexique du discours et du bâtiment. Ce dernier se forme lui-même, sur place, et partage avec le lieu le silence, dans un premier temps, avant de révéler toujours, dans un second temps, sa nature d’artefact, géométrisé et abstrait. Il laisse souvent, dans le paysage, des indices qui préfigurent un moment de révélation. L’approche consiste à trouver un type d’affinité fondé sur la recherche du tout. L’idée d’appartenance, de continuité et d’intégration découle du principe conceptuel selon lequel le bâtiment va réoccuper un espace qui lui appartenait déjà. Il émerge en tant que partie, jadis démembrée, du tout universel.
Nicolás Campodonico mai 9, 2019 Laura Lumière, espace, matière, lieu et temps Nicolás Campodonico est diplômé de l’Université nationale de Rosario en 2001 avec une médaille d’argent. Il établit aussitôt son agence à Rosario et travaille sur des projets et des concours en Argentine et en Uruguay, qui lui valent des prix et des distinctions, dont les prix de l’ICCA pour la jeune architecture en Argentine en 2015 et le XXe prix international BAQ Quito en 2016. Ses travaux ont été publiés en Argentine, au Chili, au Mexique, en Colombie, en Espagne et en Angleterre. Parallèlement à son activité professionnelle, il enseigne depuis 1998 à la faculté d’architecture de l’Université nationale de Rosario. Ce qui caractérise l’œuvre de Nicolás Campodonico est un travail sur la lumière, l’espace et la matière propres à la réalité physique et culturelle de l’Amérique latine.
L’architecture en représentations janvier 10, 2019 Laura Leave a Comment on L’architecture en représentations Qu’est-ce que la représentation en architecture ? Cela évoque aussi bien les outils de la pensée au travail que la capacité d’un projet à représenter quelque chose. Mais quoi donc ? Est-ce le dessin qui représente le bâtiment, ou le bâtiment qui représente le dessin ? D’ailleurs, quelle place le dessin occupe-t-il encore ? L’intérêt de cette notion n’est-elle pas précisément les deux sens qu’elle peut avoir, à savoir la représentation du projet, et ce que le projet représente à posteriori ? L’un précède le réel, l’autre lui donne sens. Le travail de projet architectural, qui mobilise depuis la Renaissance plans, maquettes et croquis, a été au fil de ces dernières années progressivement dématérialisé, avec de multiples logiciels de représentation et, plus récemment, avec le BIM. Parallèlement, la représentation des projets se fait de plus en plus conceptuelle, se détourne d’une recherche du plan et de la coupe pour se rapprocher de l’installation artistique. Quel rôle la façade et l’ornement jouent-ils dans la représentation du bâtiment aujourd’hui ? Quelle influence la révolution numérique exerce-t-elle sur la capacité de concevoir, et que deviennent les fonctions de la représentation à l’âge d’Instagram ? Assiste-t-on à la naissance d’une nouvelle culture de la représentation, ou au démantèlement progressif de ce qui fonde le savoir et la compétence de l’architecte ? Comment peut-on mesurer les effets de cette évolution dans la production du monde bâti, dans l’enseignement et dans l’idée que l’on se fait du projet architectural ? Quel rapport au réel établit-on à travers la représentation ? À l’heure où la représentation en politique est en crise, la représentation par l’architecture et la ville l’est-elle aussi ? Les mêmes causes ont-elles les mêmes conséquences sur les autres arts ? organisé en partenariat avec le CNRS (GDRI « Savoirs artistiques et traités d’art ») Entrée Libre et gratuite
Jacobsen Arquitetura décembre 13, 2018 Laura Sous les tropiques, la nature aussi fascinante qu’inhabitable : l’architecture est là pour que l’on puisse la savourer sans danger. Bien avant les consignes du développement durable, nous avons appris des Indiens du Brésil à bâtir nos abris avec des matériaux disponibles sur place afin de rester en harmonie avec notre environnement. Cela nous paraît tout à fait compatible avec le principe moderne d’ouverture du plan, par lequel l’intérieur et l’extérieur entrent en relation. Nous y sommes attachés, ainsi qu’à la qualité de la lumière du jour. En revanche, l’exhibition des techniques nous est parfaitement étrangère : pour nous, un détail réussi est un détail qui disparaît. Vous verrez comment nous inspirons dans nos projets de toutes les cultures, notamment celle du Japon, mais sans jamais oublier que nous sommes Brésiliens.