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Le hasard a voulu que j’aborde le métier d’architecte au moment où s’essoufflaient les grands ensembles et, avec eux, les simplifications de la Charte d’Athènes. Les œuvres de Corbu, elles, restaient pour notre génération des références indiscutables. On en voit la trace dans les premiers bâtiments que j’ai construits à Ivry, la tour Raspail et l’ensemble Spinoza. Les débats que suscita Mai 1968, les bâtiments révolutionnaires produits alors par Jean Renaudie, furent l’occasion de remises en cause. La norme quantitative, le recours au plan-type, le diktat de l’industrialisation cessaient d’être des objectifs dominants. Ils infléchissaient toujours la production, mais diversifier la forme des logements et celle des immeubles devenait possible…
Face aux nouvelles donnes écologiques, économiques et sociales, le territoire et la ville sont des réalités en pleine redéfinition. La faillite du système financier et économique néolibéral et du projet intellectuel postmoderne, la fragmentation spatiale et sociale du territoire et la privatisation des lieux publics fragilisent l’idée progressiste d’un espace possible du partage et de la fraternité concrétisé jusqu’ici par la ville.
Quelle place la transformation du territoire habité laisse-t-elle au projet ? Nous essaierons d’apporter des réponses en réunissant librement la parole d’architectes, de responsables politiques, de paysagistes, d’économistes, de philosophes, de sociologues et d’historiens.
Constat et critique sur le « projet urbain »
Né d’une critique nécessaire des « grands ensembles » et de la politique de zoning, le « projet urbain » avait pour objectif de reconstruire la polyvalence du territoire bâti, et l’échelle citadine. Au fil des deux dernières décennies, il est devenu un lieu commun dont l’énoncé remplace la compréhension, et qu’on invoque sans l’expliquer. Il permet tout à la fois d’affirmer un souhait de démocratie locale (participations, associations et comités), de multiplier les experts – superposer les couches de savoirs : « la ville c’est compliqué » – et de dissimuler, derrière une complexité apparente, les options politiques possibles. Dans le « projet urbain » rien ne garantit la cohérence entre formes et discours, ni ne protège d’une simplification obscure liée à une complexification arbitraire.
La question de l’espace de la ville est évacuée au profit d’« images de quartiers » ou d’« objets-paysages » conçus au service de la communication politique. Peut-on efficacement poser la question de la métropole et proposer l’horizon d’un « Grand Paris » sans avoir préalablement précisé au service de quel projet de société et avec quels moyens ce projet entend se déterminer ?
L’état du savoir, du savoir-faire et des pouvoirs
Nous tenterons de confronter deux approches du réel. La première procède à partir de l’analyse d’une réalité crue : les tableaux et diagrammes donnent la mesure de l’étalement péri-urbain en Europe, et l’on peut observer à travers le territoire les conséquences d’une croissance règlementée mais non coordonnée des constructions, d’une raréfaction et d’un affaiblissement de la maîtrise d’ouvrage publique. La seconde, interne à la discipline architecturale, s’efforce de penser le territoire tel qu’il devrait, ou pourrait être. Il ne s’agit pas de réintroduire la tentation de l’utopie, mais une posture éthique, un souci de l’habiter, une croyance dans la place de l’architecte non comme un simple « signataire » d oeuvres, mais comme une figure socialement responsable.
Qu’en est-il des moyens fondamentaux du « projet », tels que la coordination entre des installations relevant de responsabilités séparées (voiries, foncier), et des liens entre les typologies des logements et les formes urbaines ?
Face au partage du pouvoir entre le politique et le financier, comment l’architecte peut-il jouer un rôle critique au nom des usagers, en vertu de son savoir et de la mission de défense de l’intérêt public que lui confère la loi ?
La révolution numérique
La révolution industrielle avait préparé un nouvel ordre social et territorial ; quelles spatialités se profilent à travers la révolution numérique (nouvelles citoyennetés, virtualisation des échanges, etc.), dont nous mesurons la pénétration dans le quotidien de nos vies aussi bien que dans le fonctionnement de l’économie ?
Le temps
De quelles façons le projet peut-il porter une pensée du développement durable, sans la réduire au simple registre constructif ni aux gestes symboliques ? Le développement durable est-il un moyen de repenser la pérennité du bâti et sa capacité à muter et à s’inscrire dans le futur ? Qu’en est-il des outils d’évaluation en vigueur dans ce domaine, quelle est leur légitimité et quelle est leur pertinence ?
L’achèvement de la construction de Brasilia à la fin des années 50 consacre le vocabulaire architectural d’une génération de modernes. La production contemporaine au Brésil doit relever le défi du « devenir » de ce langage moderne ; c’est dans cette perspective que les projets du STUDIOMK27 sont conçus, incorporant de nouveaux matériaux, mobilisant de nouvelles techniques constructives, et méditant les conditions actuelles des villes brésiliennes.
Les logements en hauteur sont caractéristiques de la production de l’Estudio Aisenson en Argentine. Pablo Pschepiurca retracera l’évolution typologique de la tour résidentielle à travers les
stratégies suivies par l’Estudio Aisenson des années1950 à nos jours. Il présentera divers aspects liés à l’habitation en hauteur, parmi lesquels : tissu urbain et typologie, image et matérialité, domesticité et répétition. Il abordera les questions du programme domestique à travers le temps, de la tour en tant qu’architecture iconique, et de sa place dans l’imaginaire collectif.
Pour la première fois dans l’histoire, plus de la moitié de la population mondiale habite en ville, fait invisible mais marquant. Nous devons planifier l’avenir pour intégrer les secteurs les plus défavorisés au moyen de politiques urbaines de redistribution de l’espace.
Au XXIe siècle, Buenos Aires fait face à des nouveaux défis du développement humain. Nous voyons dans le bicentenaire de la République Argentine (1810/2010) l’opportunité d’asseoir les bases d’une ville moderne et hardie, qui rêve mais aussi qui planifie.
Le modèle de ville « durable », favorisant le développement humain, est un grand défi pour les citoyens autant que pour les dirigeants. Le Plan de Mobilité durable améliorera la qualité de vie en humanisant l’espace public, pour réussir une ville plus vivable et soutenable.
L’espace public est le lieu de rencontre, d’interaction et d’intégration sociale, le lieu d’une reproduction perpétuelle de la vie urbaine et culturelle, qui dynamise la ville et lui donne sa raison d’être.
Diplômé BFA et BArch de la Rhode Island School of Design, d’un MArch ainsi que d’un doctorat d’architecture de la Graduate School of Design de l’université de Harvard, Hashim Sarkis est titulaire de la chaire de l’Aga Khan en architecture, paysagisme et urbanisme dans les sociétés musulmanes, à l’université de Harvard où il dirige des ateliers d’enseignement du design et enseigne l’histoire et la théorie de l’architecture. Il pratique aussi l’architecture entre Cambridge et le Liban. Parmi ses projets les plus récents : un complexe de logements pour les pêcheurs de Tyr au Liban-Sud, un parc au centre-ville de Beyrouth, deux écoles dans le nord du Liban, et plusieurs projets urbains et de paysage. Ses projets ont été récompensés par plusieurs prix d’architecture et ont été publiés …