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Nikos Ktenàs
Au-delà des murs :
Mes projets d’architecture sont l’expression d’une dialectique entre la réalité géographique et
l’intervention humaine. Le lieu de vie naît de cette rencontre. C’est donc à travers le concept du « lieu » que le bâtiment peut « prendre place ». L’architecture est aussi au-delà du bâtiment. Dès lors qu’un bâtiment prend forme sur place, il tire son identité du site et, inversement, il intervient sur le paysage pour lui donner une nouvelle forme et une nouvelle échelle.
Au lieu d’imiter le paysage, il est donc préférable de s’y confronter.
Au-delà du présent :
Les principes de l’architecture moderne, qui ont leurs racines dans l’Antiquité, participent d’un cycle par lequel l’Histoire revient en boucle. La longueur de ces cycles protège des modes et des courants transitoires. Cette longueur est donc le signe d’une force des idées, certes, mais nous devrions garder à l’esprit que tout a droit de mourir.
Né dans la ville du Pirée, Nikos Ktenàs est diplômé à Cornell University (Ithaca, NY) après des
études à New York University, Columbia, et à Cooper Union. De 1985 à 1992, il enseigne avec Luigi Snozzi à l’EPFL. Il est professeur invité à Mendrisio de 2004 à 2007. De 2010 à
2012, il enseigne dans le programme de Master à l’Université de Thessalie, et à partir de 2013, il est professeur invité à l’Ecole polytechnique de Milan. Au cours des vingt dernières années, il a été invité à donner des conférences dans plusieurs écoles d’architecture à travers l’Europe et a participé à diverses expositions. En 2008, il a reçu le Prix spécial de l’EIA (Institut hellénique
d’architecture).
Il a établi sa pratique architecturale à Lugano et à Athènes, deux villes entre lesquelles il partage son temps.
Ramin Mehdizadeh
Ce projet a été construit à Majallat, une petite ville au cœur de l’Iran, dont la principale activité économique est l’extraction et la taille des pierres, qui nécessitent toutes deux une considérable quantité d’énergie fossile. Par ailleurs, l’état des techniques mises en œuvre ne permet d’exploiter que la moitié des pierres débitées, le reste étant voué au rebut. Dans ce projet, nous utilisons ces pierres délaissées pour les murs de façade et les parois intérieures. Nous réduisons ainsi le gaspillage et le coût de construction. En façade, ces pierres modifient subtilement la géométrie du projet, et les lignes biaises qu’elles créent semblent évoquer les carrières dont elles proviennent. Leur texture brute contraste avec la précision du dessin de la façade. C’est ainsi que le projet, d’une écriture très contemporaine, prend sa place au cœur de la ville verdoyante de Mahallat, chargée d’une histoire millénaire.
Né à Ahwaz (Iran) en 1976, Ramin Mehdizadeh reçoit son diplôme d’architecte de l’université de Téhéran, et un diplôme sur la gestion de projet de Columbia. Après un passage chez Skidmore, Owings & Merrill en 2007-2008 il fonde en 2009 avec des associés Architecture by Collective Terrain (AbCT), une agence établie à Téhéran, à Séoul et à Washington DC., chargée de projets principalement situés en Asie et au Moyen-Orient. Ramin Mehdizadeh a été lauréat du World Architecture Community Award en 2008, et le projet Apartment n°1 a remporté le prix Grand Memar Award en 2010 et a fait l’objet de très nombreuses publications.
Le beau et le laid
Ces deux mots habitent notre quotidien, pour qualifier à peu près tout. Le monde bâti n’y a pas échappé : l’architecture a beaucoup eu affaire avec le beau, et, par opposition, avec le laid, bien que cette relation ait été moins explicitée. Les autres arts tels que la peinture, la musique, le cinéma, mais aussi la mode, ont-ils vécu les mêmes aventures avec ces notions à la fois savantes et communes ? A quels savoirs, concepts ou principes s’adosse-t-on lorsqu’on use de ces adjectifs ?
De l’Antiquité à nos jours, comment le beau et le laid ont-ils contribué à faire le tri des œuvres ? Quelle relation au style, au goût, à la faculté de juger, ces notions entretiennent-elles ? Dans quelle mesure peuvent-elles cohabiter dans une même œuvre bâtie ? Le beau et le laid se tournent-ils le dos, ou se regardent-ils parfois ?
Comment ces critères parviennent-ils à s’adapter aux œuvres bâties d’échelles variées, allant des jardins aux paysages, en passant par les villes et les quartiers ? Ils traversent aussi l’architecture, de l’appartement au musée, du détail au plan. Hors la beauté graphique, peut-on parler d’un beau plan ou d’une belle coupe ?Par ailleurs, les objets demeurent, mais le regard que l’on porte sur eux évolue : l’histoire est riche de revirements par lesquels telle œuvre se voit déchue, tandis qu’une autre gagne peu à peu les faveurs du public ; ce fut le cas notamment de la tour Eiffel et du Centre Pompidou, que l’on a appris à aimer.
Pour toutes ces raisons, et bien d’autres encore, il sera question dans ce colloque de ce que signifient le beau et le laid aujourd’hui.
Jordi Badia
Le monde change à un rythme effréné. Cette mutation appelle une nouvelle approche du projet architectural, lequel ne peut plus se satisfaire d’une recherche de la beauté à elle seule. Les citoyens attendent de l’architecte une attitude plus sensible aux besoins réels du monde contemporain.
Le défi de la transformation et de l’amélioration de nos villes repose moins sur de nouveaux bâtiments que sur la gestion des quartiers existants. Au-delà de la réhabilitation, qui vise essentiellement la protection du patrimoine, il s’agit de « recycler » le tissu ordinaire de la ville afin de préserver l’esprit d’un lieu, d’une rue ou d’un quartier.
Le souci de la continuité de la ville s’inscrit aussi dans le temps, celui de la mémoire, de la tradition, des usages des habitants. La continuité des matériaux, des couleurs et des textures contribue à placer les valeurs de la vie quotidienne au cœur du travail de projet. Elle contribue également à mettre le projet architectural au service de ce bien commun qu’est la ville : il faut cesser de penser individuellement et commencer à jouer pour l’équipe.
Plutôt que de faire architecture, il faut recommencer à bâtir la ville.
Driss Kettani & Mohamed Amine Siana
La question de la modernité et de la contemporanéité se pose avec acuité dans des contextes encore fortement marqués par l’architecture vernaculaire, et plus généralement par la tradition. Affirmer ce désir de modernité, à laquelle l’on peut associer aujourd’hui une multitude de sens, nécessite une compréhension du contexte et de la tradition : il faut saisir l’âme du lieu avant de le transformer avec un langage d’aujourd’hui. Il s’agit donc de se frayer une voie évitant toute nostalgie, mais sans pour autant nier la mémoire. C’est sur cette ligne de crête que les architectes Saad El Kabbaj, Driss Kettani et Mohamed Amine Siana travaillent.
Né en 1978 à Fès, Driss Kettani est diplômé de l’Ecole Nationale d’Architecture de Rabat en 2003. Après quelques collaborations et voyages d’études, il ouvre son agence en 2005 à Casablanca.
Né en 1979 à Casablanca, Mohamed Amine Siana est diplômé de l’Ecole Nationale d’Architecture de Rabat en 2004. Il collabore depuis 2000 sur différents projets avant d’ouvrir son agence en 2005.
Un partenariat avec Saad El Kabbaj réunit les trois architectes sur plusieurs concours et commandes publiques.
Principaux projets : la Faculté Polydisciplinaire de Taroudant (2010), le concours du Grand Stade de Casablanca en association avec les agences portugaises Risco et LDS (2011, 2ème prix), l’Ecole Supérieure de Technologie de Guelmim (2011), l’Ecole Supérieure de Technologie de Laâyoune (2014), la restructuration Lycée Lyautey Casablanca en association avec Agence Nicolas Michelin & Associés (projet en cours).