Gong Dong

La Chine connaît actuellement une transformation radicale. Paradoxalement, plus l’urbanisation, le consumérisme, l’efficacité et la vitesse envahissent la vie quotidienne, moins nous nous projetons dans l’avenir et plus nous sommes en proie à l’anxiété et à l’insécurité. Dans ce contexte, il est nécessaire de réhabiliter le sens de l’architecture : installer des espaces favorisant la tranquillité, la sérénité et le silence. Pour cela, l’espace et la lumière doivent traverser harmonieusement les bâtiments et les ouvertures doivent être dessinées de façon à offrir l’horizon lointain ou un carré de ciel. L’architecture doit être pour chacun le moyen de percevoir la nature, le monde extérieur et, en dernier ressort, soi-même.

Pour illustrer cela je m’appuierai sur trois projets récents : une bibliothèque sur une plage, une maison de campagne et la rénovation d’un habitat sur cour à Pékin.

 

Gonzalo Mardones

Nos maisons sont à la fois des boîtes à lumière et des labyrinthes. Les espaces sont conçus pour refléter la lumière, la contrôler, la faire rebondir contre les murs et l’amplifier afin d’éveiller les sens. Les circulations intérieures des projets multiplient les circuits au travers de changements de direction et de niveaux favorisant la découverte.

Gonzalo Mardones Viviani est diplômé de la Pontificia Universidad Católica de Santiago du Chili. Il a reçu le premier prix de la Biennale d’architecture, qui récompense le meilleur projet proposé par les différentes écoles d’architecture chiliennes. Il a dirigé des ateliers et des projets de diplôme à la Pontificia Universidad Católica, à l’université du Chili, à l’Université centrale du Chili, à l’université Andrés Bello, à l’université Finis Terrae et à l’université del Desarrollo. Il a également été professeur invité et maître de conférences au sein de différentes universités, tant au Chili qu’à l’étranger. Son travail a été publié dans de nombreuses revues d’architecture et honoré dans des Biennales nationales et internationales.

Niall McLaughlin

Niall McLaughlin a fait ses études et a passé son diplôme d’architecte à Dublin en 1984. De 1984 à 1989 il travaille, à Dublin et à Londres, pour Scott Tallon Walker Architects avant de créer sa propre agence à Londres en 1990. Dans ses projets, Niall McLaughlin prête une grande attention aux matériaux et aux détails.

En 1998 il a été nommé « jeune architecte britannique de l’année », et son œuvre a représenté la Grande-Bretagne à l’exposition organisée en 2007 au Carnegie Mellon Museum sous l’intitulé Gritty Brits (les audacieux Britanniques). Ses projets ont remporté de nombreux prix au Royaume-Uni, en Irlande et aux Etats-Unis. Parmi eux on peut citer, en 2005, le prix RIAI du meilleur bâtiment dans un paysage et le prix RIBA Stephen Lawrence du meilleur bâtiment à petit budget. Niall McLaughlin figurait également parmi les nominés du Stirling Prize en 2013 et en 2015.

Il enseigne actuellement l’architecture au University College London, après avoir été professeur associé d’architecture à Yale en 2015 et professeur associé à UCLA de 2012 à 2013. Il siège par ailleurs au comité de rédaction de Architectural Review et a reçu en 2015 le titre d’Honorary Royal Designer of Industry, décerné chaque année par la Royal Society of Arts. Il a présidé le jury du Royal Institute of British Architects (RIBA) de 2007 à 2009.

Nikos Ktenàs

Au-delà des murs :
Mes projets d’architecture sont l’expression d’une dialectique entre la réalité géographique et
l’intervention humaine. Le lieu de vie naît de cette rencontre. C’est donc à travers le concept du « lieu » que le bâtiment peut « prendre place ». L’architecture est aussi au-delà du bâtiment. Dès lors qu’un bâtiment prend forme sur place, il tire son identité du site et, inversement, il intervient sur le paysage pour lui donner une nouvelle forme et une nouvelle échelle.
Au lieu d’imiter le paysage, il est donc préférable de s’y confronter.

Au-delà du présent :
Les principes de l’architecture moderne, qui ont leurs racines dans l’Antiquité, participent d’un cycle par lequel l’Histoire revient en boucle. La longueur de ces cycles protège des modes et des courants transitoires. Cette longueur est donc le signe d’une force des idées, certes, mais nous devrions garder à l’esprit que tout a droit de mourir.

Né dans la ville du Pirée, Nikos Ktenàs est diplômé à Cornell University (Ithaca, NY) après des
études à New York University, Columbia, et à Cooper Union. De 1985 à 1992, il enseigne avec Luigi Snozzi à l’EPFL. Il est professeur invité à Mendrisio de 2004 à 2007. De 2010 à
2012, il enseigne dans le programme de Master à l’Université de Thessalie, et à partir de 2013, il est professeur invité à l’Ecole polytechnique de Milan. Au cours des vingt dernières années, il a été invité à donner des conférences dans plusieurs écoles d’architecture à travers l’Europe et a participé à diverses expositions. En 2008, il a reçu le Prix spécial de l’EIA (Institut hellénique
d’architecture).

Il a établi sa pratique architecturale à Lugano et à Athènes, deux villes entre lesquelles il partage son temps.

Ramin Mehdizadeh

Ce projet a été construit à Majallat, une petite ville au cœur de l’Iran, dont la principale activité économique est l’extraction et la taille des pierres, qui nécessitent toutes deux une considérable quantité d’énergie fossile. Par ailleurs, l’état des techniques mises en œuvre ne permet d’exploiter que la moitié des pierres débitées, le reste étant voué au rebut. Dans ce projet, nous utilisons ces pierres délaissées pour les murs de façade et les parois intérieures. Nous réduisons ainsi le gaspillage et le coût de construction. En façade, ces pierres modifient subtilement la géométrie du projet, et les lignes biaises qu’elles créent semblent évoquer les carrières dont elles proviennent. Leur texture brute contraste avec la précision du dessin de la façade. C’est ainsi que le projet, d’une écriture très contemporaine, prend sa place au cœur de la ville verdoyante de Mahallat, chargée d’une histoire millénaire.

Né à Ahwaz (Iran) en 1976, Ramin Mehdizadeh reçoit son diplôme d’architecte de l’université de Téhéran, et un diplôme sur la gestion de projet de Columbia. Après un passage chez Skidmore, Owings & Merrill en 2007-2008 il fonde en 2009 avec des associés Architecture by Collective Terrain (AbCT), une agence établie à Téhéran, à Séoul et à Washington DC., chargée de projets principalement situés en Asie et au Moyen-Orient. Ramin Mehdizadeh a été lauréat du World Architecture Community Award en 2008, et le projet Apartment n°1 a remporté le prix Grand Memar Award en 2010 et a fait l’objet de très nombreuses publications.

Jordi Badia

Le monde change à un rythme effréné. Cette mutation appelle une nouvelle approche du projet architectural, lequel ne peut plus se satisfaire d’une recherche de la beauté à elle seule. Les citoyens attendent de l’architecte une attitude plus sensible aux besoins réels du monde contemporain.

Le défi de la transformation et de l’amélioration de nos villes repose moins sur de nouveaux bâtiments que sur la gestion des quartiers existants. Au-delà de la réhabilitation, qui vise essentiellement la protection du patrimoine, il s’agit de « recycler » le tissu ordinaire de la ville afin de préserver l’esprit d’un lieu, d’une rue ou d’un quartier.

Le souci de la continuité de la ville s’inscrit aussi dans le temps, celui de la mémoire, de la tradition, des usages des habitants. La continuité des matériaux, des couleurs et des textures contribue à placer les valeurs de la vie quotidienne au cœur du travail de projet. Elle contribue également à mettre le projet architectural au service de ce bien commun qu’est la ville : il faut cesser de penser individuellement et commencer à jouer pour l’équipe.
Plutôt que de faire architecture, il faut recommencer à bâtir la ville.

Driss Kettani & Mohamed Amine Siana

La question de la modernité et de la contemporanéité se pose avec acuité dans des contextes encore fortement marqués par l’architecture vernaculaire, et plus généralement par la tradition. Affirmer ce désir de modernité, à laquelle l’on peut associer aujourd’hui une multitude de sens, nécessite une compréhension du contexte et de la tradition : il faut saisir l’âme du lieu avant de le transformer avec un langage d’aujourd’hui. Il s’agit donc de se frayer une voie évitant toute nostalgie, mais sans pour autant nier la mémoire. C’est sur cette ligne de crête que les architectes Saad El Kabbaj, Driss Kettani et Mohamed Amine Siana travaillent.

Né en 1978 à Fès, Driss Kettani est diplômé de l’Ecole Nationale d’Architecture de Rabat en 2003. Après quelques collaborations et voyages d’études, il ouvre son agence en 2005 à Casablanca.

Né en 1979 à Casablanca, Mohamed Amine Siana est diplômé de l’Ecole Nationale d’Architecture de Rabat en 2004. Il collabore depuis 2000 sur différents projets avant d’ouvrir son agence en 2005.

Un partenariat avec Saad El Kabbaj réunit les trois architectes sur plusieurs concours et commandes publiques.

Principaux projets : la Faculté Polydisciplinaire de Taroudant (2010), le concours du Grand Stade de Casablanca en association avec les agences portugaises Risco et LDS (2011, 2ème prix), l’Ecole Supérieure de Technologie de Guelmim (2011), l’Ecole Supérieure de Technologie de Laâyoune (2014), la restructuration Lycée Lyautey Casablanca en association avec Agence Nicolas Michelin & Associés (projet en cours).

Hervé Beaudouin

« Je mise sur les petits objets aux grandes possibilités : la beauté du brut et de l’ordinaire, des textures, des qualités tactiles des parois, l’épaisseur des surfaces, l’ancrage au sol.

Ma préoccupation initiale était le vieillissement des matériaux. Très vite, je me suis intéressé aux matériaux naturels, surtout dans leur forme brute, et à leur mise en œuvre dans des contextes économiques contraints.

L’œil curieux trouve matière à idées partout dans le monde. « L’exploration curieuse » des territoires m’a permis, grâce à la photographie, de constituer une mémoire documentaire. Les traditions et les savoir-faire de Scandinavie, des pays du sud de l’Europe, de Chine, d’Inde, du Japon, d’Afrique et du Brésil se prêtent à des interprétations et à des transpositions créatives. Ces transpositions s’appuient sur des matériaux adaptés, des techniques simples pouvant être pratiquées sans outils sophistiqués par nos entreprises régionales ».

 

 

Rahul Mehrotra

Les architectes et designers qui travaillent en Inde sont aujourd’hui confrontés à un ensemble de transformations sociales, culturelles et économiques qui ont remodelé l’environnement construit à une vitesse sans précédent. L’architecte qui demeure attaché à une idée traditionnelle du contexte – la spécificité du site – ne peut prendre la mesure du contexte élargi de la ville contemporaine.
Notre approche est d’utiliser la ville et la région comme le vivier même du projet, de façon à développer un vocabulaire architectural tirant sa substance d’une définition plus souple de la profession d’architecte.
Notre approche consiste à abstraire les dispositifs spatiaux et les éléments bâtis afin de les interpréter, à partir de la tradition où ils s’inscrivent, mais en fonction d’une culture contemporaine. Il s’agit notamment de combiner des matériaux traditionnels et nouveaux, de juxtaposer les savoir-faire conventionnels avec des composantes industrielles, de confronter les plans traditionnels à l’organisation contemporaine de l’espace. Cette démarche explore les voies par lesquelles le projet architectural œuvre pour résister à l’uniformisation de nos villes. En bref, il s’agit de donner expression à la pluralité des dimensions qui caractérise la vivacité du paysage indien.

Yasutaka Yoshimura

Yoshimura et Sugawara, tous deux Master de l’université Waseda, à quelques années de distance, font partie d’une nouvelle génération d’architectes, encore peu connue à l’étranger mais dont le dynamisme à la fois conceptuel, avec des publications et des projets théoriques, ainsi que des réalisations de maisons ou de petits programmes culturels questionnent l’environnement urbain et social au Japon. Yoshimura a récemment participé à ce titre aux rencontres franco-japonaises KENCHIKU/ARCHITECTURE- PARIS TOKYO. Sugawara est lui impliqué, avec plusieurs projets, dans la reconstruction de la région du Tôhoku ravagée par le Tsunami de 2011.