■ Emmanuelle & Laurent Beaudouin juillet 7, 2022 Cecile L’Etre-ange En évoquant le titre de cette conférence auprès d’un ami philosophe, il m’a dit : « c’est intéressant mais quel est le rapport avec l’architecture ? ». J’ai compris que je me suis laissé piéger par le plaisir des mots aux sens multiples. Effectivement, cela n’a rien à voir avec ce que l’on attend d’une conférence, et je m’en excuse. Il va falloir trouver une explication à ce jeu de mots, et je n’aime pas les explications. Je me souviens de John Hejduk évoquant les anges, il en dessinait et réfléchissait à leur représentation en s’intéressant particulièrement à la transition entre la peau et les plumes, ce passage délicat où la peau se transforme en duvet. Les anges de ses dessins étaient présents dans l’étrange communauté qui habitait ses bâtiments. John Hejduk avait une grande connaissance de la littérature et du théâtre, il aimait en parler. Dans ses dessins et ses textes, il évoquait des rapports humains où se déroulaient parfois des drames ou des rites étranges. Ses « masques » – c’est ainsi qu’il nommait ses projets – étaient des scènes de théâtre, ses bâtiments des représentations symboliques de la tragédie humaine. On y trouve pêle-mêle, les Voûtes, des Images Mortes, des Chambres de Deuil, la Tour de la Trahison, celle des Sectes Révélées, la tombe d’Abel ou les Jardins de la Mort. Ses projets sont aussi des récits où ses anges étaient souvent déchus et quelquefois crucifiés. John Hejduk disait : « l’architecture est ce qui touche l’esprit, ce qui ne touche pas l’esprit est la construction ». Alvaro Siza est aussi un dessinateur d’anges, les siens survolent les villes comme s’ils les regardaient du ciel, avec bienveillance. Ses anges semblent flotter sans peser, ils regardent sans intervenir, ils sont contemplatifs. Ils sont à la fois les spectateurs et peut-être les inventeurs d’un monde qui se dessine sous leurs yeux. Ils semblent être détachés et impartiaux. Ils ne représentent ni le bien ni le mal, ils sont à l’écoute d’un monde en train de se faire. Ils sont étranges et étrangers, ils regardent la scène à distance. Pourtant les anges de Siza ne sont pas les annonciateurs d’un monde à venir, et encore moins les gardiens. Ils en sont les architectes muets.
■ Richter architectes & associés mars 17, 2022 Cecile Explorer les limites Comprendre, maîtriser, apprivoiser, domestiquer les limites et, parallèlement, les libérer et les démultiplier constitue le socle de notre travail. Nous explorons les entre-deux, entre soi et le monde, intérieur et extérieur, chaud et froid, végétal et minéral, actif et passif, ombre et lumière, afin de dessiner la juste place des bâtiments et de ceux qui les habitent. Franco-allemands, les frère et sœur Jan et Pascale Richter puisent dans cette double culture des inspirations complémentaires et contrastées. Avec Anne-Laure Better, ils orchestrent leur atelier depuis Strasbourg, à la frontière … Les premières années de l’agence, consacrées principalement à des réalisations destinées à des publics fragiles, ont fortement marqué leur démarche d’architectes : définir un rapport au paysage, construire des transitions, contenir et ouvrir, épaissir la peau entre soi et le monde … tout y est question de limites. L’atelier Richter architectes a été lauréat de l’Equerre d’Argent en 2018 pour le centre de soins de Metz-Queuleu. Plus d’information : Site de richterarchitectes & associés
■ Cros & Leclercq février 10, 2022 Cecile Expérience(s) « Ce qu’il y a de plus intéressant et de plus captivant dans la peinture, c’est qu’en commençant un tableau on ne sait jamais ce qu’il sera » disait Georges Braque. Le projet architectural est à la fois un défi scientifique et artistique, un enjeu unique mais d’intérêt général, objet d’une pensée aujourd’hui mais appelé à exister demain. Confrontés à ces questions à l’occasion de chaque projet, nous faisons appel à nos souvenirs, à nos expériences et songeons à tous ceux qui nous ont transmis la passion de l’architecture. Nos convictions naissent le plus souvent de la compréhension d’un usage et d’un site, de l’étude de sa topographie et de son histoire, mais aussi de la géométrie, de la structure et des savoir-faire. Pourtant, il nous faut toujours apprivoiser cette lente et nécessaire maturation, faite d’engagement, de persévérance et de doutes. Dans ce processus, nous ne négligeons jamais l’intuition, et avançons sans nécessairement expliquer chaque décision, laissant l’architecture parler son propre langage, dans toutes ses dimensions, d’expérience en expérience. ■ Diplômés de Paris-Belleville en 2011, Benjamin Cros et Rémy Leclercq ont collaboré pendant plus de cinq ans en tant que chefs de projets dans des agences parisiennes, avant de retrouver les paysages de leur enfance en s’installant à Toulouse en 2016. Leur engagement se fonde sur l’éthique des choix successifs qui façonnent d’abord le projet, puis l’ouvrage. Attachés à révéler les qualités des sites en déshérence, convaincus que l’architecture doit être défendue partout et pour tous, leurs projets témoignent d’une constante quête de sens, de cohérence et de dignité́. L’agence a été notamment lauréate du Prix de la Première Œuvre de l’Équerre d’Argent 2018 décerné́ par AMC et Le Moniteur pour la construction du Restaurant scolaire de l’Institution Notre-Dame à Pamiers, et des Albums des Jeunes Architectes et Paysagistes 2020. Site de cros & leclercq architectes (cros-leclercq.com)
■ Bernard Quirot novembre 4, 2021 Cecile Pour qui l’architecture ? En oubliant le fait que l’architecture est d’abord l’art de la construction, en se croyant artistes et en omettant les règles de leur métier, de nombreux architectes se sont perdus dans l’abstraction formelle tout en perdant leur public. En réponse à cette situation, c’est par l’expression de la structure et le choix de modes constructifs précis que nous essayons de simplifier l’architecture et de la rendre à nouveau compréhensible. C’est pourquoi nous avons choisi de travailler principalement dans des territoires ruraux, là où la géographie (histoire, topographie, savoir-faire, vernaculaire…) nous inspire et nous permet de renouer avec la dimension tectonique de l’acte de construire.[/vc_column_text][/vc_column][/vc_row][vc_row][vc_column][vc_video link= »https://www.youtube.com/watch?v=MrnXdaFuvWM&t=15s » align= »center »][/vc_column][/vc_row]
■ Clément Vergély octobre 14, 2021 Cecile Identités remarquables Construire implique de prendre conscience aussi bien de la visibilité du nouvel objet que du caractère local dans lequel il s’inscrit. Dans ce jeu d’équilibre, certains projets affirment davantage leurs règles internes tandis que d’autres se soumettent plus fortement aux influences d’un contexte. La forme de l’objet construit reste néanmoins un signe tangible de sa « mise en situation ». Se poser la question de la continuité d’un dispositif urbain ou architectural, c’est avoir confiance en l’intemporalité de certaines structures de la ville. Bien souvent, la recherche d’une filiation du projet avec son environnement permet de poursuivre une histoire sensible du lieu, en valorisant ce qui en fait l’attrait. En outre, certains sites patrimoniaux exigent une plus grande « courtoisie » du projet vis-à-vis de ce qui préexiste. Chaque projet trouve son identité particulière dans l’interprétation que nous faisons du site mais aussi dans une nécessaire ré-exploitation de langages architecturaux hybridés ou détournés. Le temps est une matière vivante de l’architecture; un bâtiment se patine, se transforme au gré des usages. La réutilisation offre une durabilité et une pérennité à l’objet en même temps qu’elle génère une richesse d’effets imprévus. La conception d’un projet se nourrit en permanence de notre observation du monde de la construction, qu’il soit artisanal, traditionnel ou plus savant, car il nous enseigne la réalité physique des choses. Les notions d’ambiance et d’atmosphère sont une ressource projectuelle importante. Elles s’enracinent aussi dans la transposition des émotions que nous ressentons dans les espaces de notre quotidien ou ceux découverts ailleurs. Notre propre expérience d’un lieu est la première interprétation de ses qualités spatiales. La recherche de la beauté est conduite par une écriture familière et simultanément non attendue. Elle est capable de capturer le désir et de révéler un mystère. La beauté est aussi une manière de lutter contre la banalité et de transcender l’obsolescence. L’agence poursuit dans des contextes différenciés, des valeurs communes, basées sur la conciliation de notions parfois contradictoires mais qui, au lieu de s’annuler, s’enrichissent mutuellement. La radicalité et la rationalité souvent appliquées aux concepts s’infléchissent par la prise en compte des caractéristiques des contextes et des signes de la vie quotidienne, dans une matérialité mise à l’épreuve du sensible. ■ Site internet : Clément Vergély
■ Barclay & Crousse septembre 23, 2021 Cecile Paysages de l’intimité Faire de l’architecture n’est jamais simple mais, en Amérique latine, l’instabilité politique, économique et sociale ajoute à cette complexité naturelle. Elle entraîne une précarité dans la commande, une discontinuité dans le processus de conception et une pénurie des ressources techniques. L’agence Barclay & Crousse s’attelle à restaurer le sens des formes bâties en s’appuyant sur une topologie mobilisant à la fois le grand paysage, la mémoire des lieux et la techniques disponibles afin d’enraciner l’architecture tout en assumant les réalités contemporaines. Etablis à Lima (Pérou) depuis 2006 après un parcours en France, Sandra Barclay et Jean-Pierre Crousse ont vu leurs projets reconnus et primés à travers le monde, notamment le Prix Mies Crown Hall des Amériques et le Prix Oscar Niemeyer pour l’architecture d’Amérique Latine.
Raymond Bellour septembre 8, 2021 Cecile Le cinéma parmi les arts du proche et du lointain Le cinéma, art du mouvement dans le temps, est par excellence celui que sa matérialité rend le plus explicitement tributaire d’une variation plus ou moins continuelle du proche et du lointain, sitôt qu’il choisit de diviser sa continuité en plans. A l’inverse, les performances du théâtre et de la danse s’inscrivent dans un dispositif unitaire de réalité qui rend par nature leurs variations moins formalisables, comme cela s’avérait à travers les plans continus du cinéma des premiers temps. La littérature, de son côté, selon son abstraction propre, peut seulement évoquer ce que le cinéma se trouve montrer. Quant à l’architecture, dite art de l’espace, elle peut étager plus ou moins les trajets qu’elle présuppose et ainsi les « plans » de vision qui leur correspondent, de sorte à ménager à partir de l’espace une expérience corporelle du temps. En prenant comme référence l’analyse ancienne (1969) d’un segment des Oiseaux d’Alfred Hitchcock dont l’opposition proche/lointain se trouvait constituer l’une des trois pertinences formelles, il s’agira de commenter une suite d’exemples susceptibles d’incarner cette opposition entre proche et lointain. Mais on soulignera qu’elle s’avère aussi bien prendre la forme d’une variation plus ou moins accentuée des distances dans tant de plans développés du cinéma moderne et contemporain. Un de nos exemples s’attardera sur le film de King Vidor, The Fountainhead (Le Rebelle, (1948), consacré à la figure d’un architecte moderniste, et dont la fin symbolise à partir de son œuvre même cette opposition du proche et du lointain.
Sergio Ruggeri mars 5, 2020 Cecile Habiter la ville Nos villes reflètent de plus en plus les contradictions de ce début de siècle. En Amérique latine, les inégalités sociales laissent une marque visible : des villes fragmentées, soumises à la gentrification et à la privatisation des lieux. Cela est encore plus frappant au Paraguay, dont les espaces publics, particulièrement dégradés, ne laissent place à quasiment aucune vie urbaine. L’architecture, réservée à une minorité, ne joue qu’un rôle très limité dans la formation des villes. Face à ce constat, j’essaie de faire de chaque projet – celui que j’enseigne tout comme celui que je construis – l’occasion de défendre le principe même de l’espace commun qui fait de nous une société. En d’autres termes, nous travaillons, d’un site à l’autre, à l’Université comme à l’agence, à nous construire nous-mêmes. Sergio Ruggeri est Architecte diplômé de la Faculté des Sciences et Technologie de l’Université Catholique d’Asuncion au Paraguay. Il fonde en 1996 l’agence d’architecture Ruggero/Zarza et obtient un doctorat de l’IUAV de Venise, où il entreprend des recherches sur le projet architectural de 2001 à 2010. Il collabore en outre avec Carlos Ferrater et réalise plusieurs projets et concours en partenariat avec Roberto Paoli et Gustavo Carabajal. Il est actuellement professeur de projet à la faculté des sciences et des technologies de l’université catholique d’Asunción et, depuis 2016, directeur du département d’architecture. Il est également professeur à la chaire de projet de l’Université nationale d’Asuncion (UNA). Il a par ailleurs architecte conseil auprès de diverses institutions et organisations non gouvernementaux, et a participé à de nombreux jurys de concours nationaux et internationaux. Il a été commissaire du pavillon paraguayen à la biennale d’architecture de Venise en 2014. Sergio Ruggeri est cofondateur du collectif Aqua Alta
José I. Linazasoro février 7, 2020 Laura [vc_row][vc_column][vc_column_text]La mémoire de l’ordre L’agence Linazasoro & Sánchez porte un regard critique vis-à-vis de la mode et des images qu’elle promeut, plus intéressée à construire un équilibre entre l´existant – le tissu urbain ou un bâtiment ancien à reconvertir – et l’intervention par le projet, comme en témoignent Las Escuelas Pías de Lavapiés, l´église de Valdemaqueda, la place de la Cathédrale de Reims ou le Centre de Congrès à Troyes. José Ignacio Linazasoro a été professeur à l´Ecole d´Architecture de Madrid ainsi qu’en Italie et en Suisse (EPFL). Ses projets ont été publiés en Espagne, France, Italie, Allemagne etc., et deux monographies sont parues en français en 2012 et 2017. Il a écrit par ailleurs des essais théoriques dont Le Projet Classique en Architecture et « La Memoria del Orden ». Il travaille depuis 2011 en association avec Ricardo Sanchez.
Carvalho Araújo septembre 27, 2019 Cecile Affinité, identité et anonymat Une partie de l’architecture portugaise a tout naturellement suivi le retour à la relation entre l’architecture et le terrain, que, d’une certaine façon, elle n’avait jamais complètement abandonnée, ni dans sa modernité tardive – par la culture de la résistance –, ni de par sa relation périphérique avec l’Europe. Néanmoins, elle a généralement rejeté l’utilisation de géométries complexes, l’idée de réinvention topographique et l’élimination de la différence entre paysage et bâtiment, considérant plutôt la topographie comme une plate-forme de compréhension, une façon de lisser la dichotomie entre la construction et le paysage. L’idée de construction reflétant un rapport au paysage, à la ville ou au territoire est une façon de renforcer la prévalence de l’espace collectif, la continuité et la préexistence (même imaginée), en laissant voir une partie de leur espace intime. La notion de rue, de place, de sentier, les références à la ville et au paysage en viennent à intégrer le lexique du discours et du bâtiment. Ce dernier se forme lui-même, sur place, et partage avec le lieu le silence, dans un premier temps, avant de révéler toujours, dans un second temps, sa nature d’artefact, géométrisé et abstrait. Il laisse souvent, dans le paysage, des indices qui préfigurent un moment de révélation. L’approche consiste à trouver un type d’affinité fondé sur la recherche du tout. L’idée d’appartenance, de continuité et d’intégration découle du principe conceptuel selon lequel le bâtiment va réoccuper un espace qui lui appartenait déjà. Il émerge en tant que partie, jadis démembrée, du tout universel.